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Alcool, Alcoologie, Alcoolisme
Vous avez dit dépendance (s) Avec ou sans « s » ? partie 1
Vous avez dit dépendance (s) Avec ou sans « s » ? partie 1
jeudi 7 mars 2002.
Vous avez dit dépendance (s)…
Avec ou sans « s » ?
© Dr Lionel BENICHOU
En introduction, deux histoires « édifiantes » … Qui se terminent « bien ».
Monsieur G. (48 ans) n’avait jamais été officiellement malade, en dépit des séquelles d’un accident du travail, pour les conséquences duquel il percevait une pension d’invalidité. Il était cependant, en toute simplicité, ce qu’on appelle un « solide buveur », un de ceux qui « tiennent » remarquablement la boisson. Depuis son café-rhum le matin jusqu’à la bière-télévision en soirée, Monsieur G. s’alcoolisait tous les jours ; solitairement chez lui ou socialement, en ville, avec les « amis » du bistro…Cette solide consommation avait ému la famille…Aux remontrances de son épouse, Monsieur G. opposait le fait qu’il n’était jamais ivre, ce qui était une « vérité d’apparence ».
Ce soir-là de décembre, il était resté dehors sous une pluie glaciale pour tenter, avec obstination, de réparer lui-même une panne de sa vieille voiture. Rentrant chez lui, tout frissonnant, il s’était réchauffé avec un « grog » bien tassé en rhum.…
Le lendemain, en dépit de ce « remède » réputé, Monsieur G. n’avait pas la forme : il se sentait fatigué au point de rester à la maison… Madame G. en profita pour lui imposer un « régime sec » et lui demanda, le lendemain après-midi, de se joindre à elle pour faire les achats de Noël…
Monsieur G. était du genre « brave type ». Il était accommodant et détestait discuter. En dépit de sa fatigue, il accompagna son épouse en ville…
À la sortie du deuxième magasin, il s’affaissa, devint très pâle et, allongé sur le sol, fut agité par des convulsions…Alors que son visage se cyanosait.
Madame G eut très peur… Heureusement, un des témoins téléphona au SAMU dont l’ambulance arriva rapidement. Si les convulsions avaient cessé, Monsieur G. n’avait pas repris connaissance. Il avait uriné sous lui et restait plongé dans un état comateux. Sa face était congestionnée et sa respiration bruyante avec de l’écume au coin des lèvres…
Le médecin urgentiste du SAMU évoqua l’épilepsie… Arrivé à l’hôpital, Monsieur G. fut victime d’une deuxième crise, ce qui permit de confirmer le diagnostic. Madame G. découvrit à cette occasion, lors de l’entretien avec le médecin, que l’apparente tolérance à la boisson dont son époux faisait preuve était un leurre… S’alcooliser était un besoin et les crises convulsives de cet après-midi traduisaient un manque d’alcool et non un trop plein…On apprit aussi à Madame G. que les réveils pénibles de son mari, tout angoissé, le corps trempé de sueurs et les mains tremblantes ; ces désagréments du petit matin qui s’effaçaient avec un café « arrosé » d’un peu de rhum étaient les signes avant-coureurs de l’état de manque d’alcool. À la fin de l’entretien, le médecin conclut : « Pour le moment, le corps de votre époux ne peut plus se passer d’alcool. Nous allons l’aider à s’en sevrer… ». À l’hôpital, Monsieur G. qui avait été orienté en neurologie fut pris en charge par le service d ’« alcoologie de liaison » et, pour le plus grand bien de sa santé, rentra dans une filière de soins…
Monsieur D. 38 ans était plus jeune que Monsieur G. Monsieur D. avait bu très tôt dans sa vie… Jusqu’à ce qu’il rencontre celle qui devait devenir son épouse, il était ce qu’on appelle un « fêtard ». Toutes les semaines il « sortait » le samedi soir et vivait ce qu’il baptisait la « java ». Après avoir joué avec son équipe de rugby, la « troisième mi-temps » donnait le signal d’une consommation incontrôlable et joyeuse. Pendant la semaine, Monsieur D. était parfaitement capable de se passer d’alcools, mais, le samedi, c’était « sacré » (sic). Dans la nuit, il lui arrivait de raccompagner les copains en voiture… Jusqu’à ce soir maudit où, vers deux heures du matin, il perdit le contrôle de sa voiture.
Monsieur D. s’en tira avec trois jours de coma, mais son passager fut moins chanceux : une fracture vertébrale avec une lésion de la moelle épinière le privait désormais de l’usage de ses jambes. Ce fut un coup très dur pour Monsieur D. qui se culpabilisa beaucoup. Il décida de ranger la boisson dans le rayon des accessoires de jeunesse et il devint abstinent d’alcool…Cette période de sa vie coïncida avec la rencontre de sa compagne qui l’aida beaucoup moralement
Ce soir-là, plusieurs années plus tard, les époux D. fêtaient leur anniversaire de mariage. C’était leur fête. Ils avaient décidé de s’offrir un repas exceptionnel dans le cadre d’une table réputée et le patron du restaurant (un ancien copain du rugby) qui connaissait le motif de cette soirée, offrit le champagne… Une fois en passant… Ce n’était pas un jour comme les autres…De toute façon, ils rentreraient en taxi… Monsieur D. accepta. Il était bien décidé de ne s’accorder qu’une seule coupe…Finalement, ce fut lui qui absorba la presque totalité de la bouteille… Presque étonné d’en supporter le contenu avec tant de facilité…
Le lendemain, Monsieur D se trouva assiégé tout au long de la journée par d’étranges réflexions : « Après tout j’ai bien supporté ce champagne… On devrait sortir plus souvent … Peut-être que je devrais me remettre au rugby… » ( Il y avait une équipe de seniors dans son ancien club). Rentré chez lui, il s’en ouvrit à sa compagne qui, sarcastique, le ramena à la lucidité : « Dis donc…À propos du rugby que tu veux recommencer… C’est par intérêt pour les deux premières mi-temps ou pour la troisième ? »
Monsieur D. atterrit dans la réalité… Il se rendit compte que le champagne de la veille avait réveillé la nostalgie de la jouissance alcoolique. Il réalisa aussi que l’obsession avait commencé avec la première coupe. Il avait pratiquement vidé la bouteille et il en aurait facilement consommé une seconde !…
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