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Article de la base documentaire de la F3A

Soigner, ou punir ? Communiqué de presse de la F3A décembre 2002

vendredi 20 décembre 2002.

Soigner, ou punir ?

Les mesures annoncées par le gouvernement pour lutter contre la violence routière liées à l’alcool ne relèvent que d’une seule approche : l’intensification de la répression.

Nous ne discutons pas le rôle de la consommation d’alcool dans les accidents de la route (un tiers des 8 000 morts annuelles sur la route). Les actions de contrôle systématique de l’alcoolisation des conducteurs montrent que 3 % d’entre eux présentent une alcoolémie supérieure à 0,8 g/L.

Qui sont ces conducteurs ? Fréquemment des « Monsieur ou Madame Toutlemonde » qui ne pensent pas devoir s’empêcher de conduire après une soirée arrosée (probablement à cause du trouble du jugement lié à l’alcool), ou bien des alcoolodépendants, qui vivent tous les jours dans la consommation d’alcool et n’ont de chance de s’en sortir qu’en s’investissant dans un processus de soins.

Quelles sont les conséquences à attendre des mesures annoncées ? Les personnes dépendantes le seront-elles moins après leur période de retrait de permis, si on ne leur propose pas des soins ? Les personnes qui pensent « boire normalement » réaliseront-elles mieux qu’elles ne sont pas en mesure d’apprécier en toute connaissance de cause, à la fin de la soirée, leur capacité de conduire ? C’est un vrai travail éducatif que de faire prendre conscience à chacun que l’évaluation sa capacité à prendre le volant n’est possible en toute sécurité qu’avec une alcoolémie nulle.

Le retrait de permis, avec impossibilité d’obtenir un « permis blanc » même en cas de première infraction, aura souvent pour effet d’accroître la tendance à la désocialisation.

Qui accueillera les nombreuses personnes condamnées assujetties à une « obligation de soins », quand les soins en alcoologie restent les parents pauvres de la santé publique ?

La Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie (F3A) craint une aggravation des situations des personnes dépendantes sans effet positif sur la sécurité sur la route. Si un million et demi de personnes dépendantes conduisent chaque jour sous « l’empire d’un état alcoolique », il ne suffira pas de retirer 100 000 permis par an pour annuler l’influence de l’alcool sur les accidents. Il faut à notre sens :

 Réduire de façon nette le seuil pénal, de façon à dissuader « Monsieur ou Madame Toutlemonde » de prendre le volant en sous-estimant le risque (déjà multiplié par 4 quand l’alcoolémie atteint 0,5 g/L) ;
 Permettre une évaluation alcoologique des situations pour toute personne poursuivie ;
 Imposer des mesures éducatives de substitution aux peines de prison pour la première infraction ;
 Donner au dispositif de soins le moyen d’accueillir tous les malades de l’alcool ;
 Ne pas donner l’illusion que la prison puisse être une réponse sociale à la dépendance : cela n’est pas plus vrai pour les « alcooliques » que pour les « toxicomanes ».

Loin d’être un privilège, une échappatoire à la sanction, le permis blanc, qui n’est parcimonieusement accordé qu’en cas de première infraction, a une vraie valeur éducative (ne plus pouvoir conduire que pour des nécessités professionnelles, laisser sa voiture au garage pour toutes ses activités personnelles, c’est intégrer la sanction liée à la transgression), et il évite la « double peine » (perdre son emploi parce que l’on a perdu son permis).

Une comparution rapide est utile dans la mesure où la sanction intervient dans un délai raisonnable après l’infraction, mais la « comparution immédiate » est contre-productive si elle frappe plus durement, comme c’est le cas aujourd’hui, sans possibilité de s’organiser, de réagir, d’entrer dans une démarche de soins pour ceux qui sont déjà dans les conditions les plus précaires.

Il est temps d’ouvrir une discussion de toute la société sur la dangerosité sociale de l’alcool et d’exiger que les besoins de soins de centaines de milliers de personnes, et de leurs entourages, entrent dans les priorités du gouvernement.

Pour la F3A,

Patrick Fouilland, Philippe Michaud, Frédéric Voize

La Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie regroupe des professionnels et des structures engagés dans le soin et la prévention des conduites addictives, en particulier celles qui sont liées à l’alcool.

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