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Réponse de Ségolène Royal candidate à l’élection présidentielle à la lettre de la FFA mars 2007
Article de la base documentaire de la F3A
Réponse de Ségolène Royal candidate à l’élection présidentielle à la lettre de la FFA mars 2007
mercredi 4 avril 2007.
Paris, le 30 mars 2007
N.réf : 4397- bva/mya/cfr
Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général,
Je vous remercie de votre courrier du 9 mars dernier. Je tiens en premier lieu à saluer l’action résolue de votre association au service de la prévention de toutes les formes d’addictions.
Il ne vous aura pas échappé que, dans le cadre du pacte présidentiel que je propose aux Français, j’ai voulu faire de la santé pour tous une priorité, au coeur de laquelle se trouve la prévention.
Je vous adresse ci-dessous la réponse que je souhaite apporter à vos questions.
Vous en souhaitant bonne réception, je vous prie de croire, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
Ségolène ROYAL
Monsieur Michel REYNAUD Président de la FFA
Monsieur Alain MOREL Secrétaire Général de la FFA
20 rue Saint Fiacre
75002 PARIS
Réponses au questionnaire de la Fédération Française d’Addictologie
Dans le domaine de la prévention et de la législation Plus les abus d’alcool, tabac ou drogues commencent tôt dans l’adolescence, plus les complications seront graves. L’intervention précoce permet d’agir dès les premiers stades des consommations et des prises de risques, notamment à l’adolescence, mais aussi lorsque des problèmes commencent à apparaître chez les adultes.
- Quel niveau de priorité et quels moyens pensez-vous donner pour le développement des stratégies de prévention précoce ?
Face à l’ensemble des addictions, ma détermination est de mettre en place une politique efficace de santé publique fondée sur les soins, naturellement, mais aussi sur la prévention et la réduction des risques. En effet, je suis convaincue qu’il faut sensibiliser aux dangers de la consommation d’alcool, de tabac et de drogues, le plus tôt possible car l’on sait que plus l’âge de la première consommation est précoce et plus le risque est grand d’une consommation ensuite problématique.
Or, les statistiques nous apprennent qu’à partir de l’âge de 16 ans, la fréquentation moyenne du système de santé diminue fortement alors même que la prise en charge de certaines pathologies, notamment celles liées au surpoids, aux MST, aux troubles psychologiques et aux addictions nécessiterait une attention plus soutenue. La prévention précoce est aujourd’hui insuffisante dans notre pays et je me suis engagée à renforcer la médecine scolaire, universitaire et du travail, ainsi qu’à créer des dispensaires en zone rurale et dans les quartiers. La carte santé jeune pour les 16/25 ans participera également à la prévention, à travers le principe de deux consultations gratuites par an. Enfin, des modules d’éducation à la santé et à la prévention des addictions seront intégrés au cursus scolaire dès le collège.
De façon plus générale, les médecins devront être incités à pratiquer le repérage précoce, le fait de pouvoir parler à un patient de sa consommation d’alcool, de tabac ou de drogues en consultation devant être banalisé.
L’industrie de l’alcool a su banaliser les consommations excessives et les ivresses chez les adolescents et les jeunes adultes par l’intermédiaire d’un marketing agressif autour des premix, des bières aromatisées, des alcools forts (offerts dans les bars, les soirées étudiantes…). Les « cuites » sont devenues normales. L’accidentalité routière est la première cause de mort et de handicap chez les jeunes adultes.
- Que pensez-vous faire pour inverser cette tendance destructrice ?
La consommation d’alcool a été divisée par deux en 25 ans après de très larges campagnes de prévention, qui ont notamment porté sur la sécurité routière. Mais le combat contre l’alcoolisme et les dommages liés à l’alcool est encore loin d’être gagné si l’on en juge par le nombre considérable de morts prématurées et de drames humains dont sa consommation est la cause : 5 millions de nos concitoyens sont en difficulté avec l’alcool, 45 000 d’entre eux en meurent chaque année. Et la consommation des jeunes est particulièrement préoccupante. Il faut donc réguler la publicité pour tous les alcools et empêcher les stratégies commerciales qui, directement ou indirectement, entraînent à la consommation, en particulier le public jeune.
Par ailleurs, il est impératif de promouvoir la notion de consommation « faible » en lieu et place de celle de consommation « modérée » qui, relative, laisse trop de champ à la subjectivité.
- Considérez-vous qu’il faille faire des différences entre les alcools et notamment que la publicité concernant la consommation de vin doive être ouverte ?
Face aux ravages sanitaires, sociaux et humains qu’entraînerait une augmentation de la consommation d’alcool, remettre en cause la législation de la publicité applicable en matière de consommation de vin, comme le proposent d’autres candidats, serait irresponsable et dangereux.
- L’installation d’éthylomètre dans les voitures informerait le conducteur sur son taux d’alcoolémie (de la même manière que le compteur kilométrique l’informe sur sa vitesse).
- Qu’en pensez-vous ?
Toute proposition allant dans le sens d’une amélioration de la sécurité routière mérite d’être examinée. Des vies sont en jeu et chacun doit en être conscient. D’une façon générale, ne pas mettre en danger la vie d’autrui, notamment sur la route, devra continuer à s’intégrer dans un ensemble d’actions d’information et d’éducation à la responsabilité mais aussi de contrôle et de sanction des comportements dangereux.
- Le « Conseil de la modération », organe installé sous la pression du lobby viniviticole est destiné à contrôler, a priori, les textes et publicités visant à prévenir l’alcoolisme. Il faut savoir que sur les 6 sièges destinés à la représentation nationale, 5 sont trustés par des députés et sénateurs de départements viticoles et qu’il n’y a évidemment pas d’organisme de contrôle des textes et publicités visant à promouvoir la consommation d’alcool.
- Que pensez-vous de ce Conseil de modération ?
Ce Conseil, créé récemment, devrait à mon sens voir sa composition modifiée pour faire une plus grande place, compte tenu de ses attributions, aux associations de lutte contre l’alcoolisme.
- L’expérience a montré que de pourchasser et punir les simples usagers de drogues ne donne aucun résultat favorable à la prévention. L’action pénale est légitime pour empêcher les trafics et la mise en danger d’autrui, mais lorsqu’il s’agit d’adopter des comportements favorables à sa propre santé, c’est l’éducation qui est légitime.
- La loi de 1970 qui pénalise l’usage de drogues doit être profondément modifiée, comment pensezvous procéder pour faire aboutir enfin cette réforme souhaitée depuis longtemps ?
La loi du 31 décembre 1970 « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses », après 37 ans d’existence, présente un bilan très relatif : la France, bien que la loi soit la plus répressive d’Europe, compte le plus grand nombre de consommateurs de stupéfiants. Il nous faut donc une action publique de prévention et de soutien plus efficace et je m’engage à ouvrir un grand débat public et transparent avec tous les acteurs concernés : associations, magistrats, parents, policiers et médecins. Par ailleurs, il faut débattre des voix possibles d’évolution de la loi, afin de rendre les textes efficaces, en veillant bien entendu à ne pas légaliser ces produits. Il faut en revanche cesser de transformer un simple usager en délinquant, mais maintenir l’interdit pour un produit dangereux.
Dans le domaine des soins
- Les personnes souffrant d’addictions représentent 20 % des personnes hospitalisées, 10 % des urgences médicales et 20 % de la clientèle des généralistes. Actuellement, moins d’un tiers des hôpitaux ont une réponse aux problèmes d’addiction. L’insuffisance majeure des réponses aux urgences, en consultations, en unités et services d’hospitalisation spécialisées, a conduit à proposer pour le plan gouvernemental addictions 2007-2012
o Une unité de consultation d’addictologie dans tous les hôpitaux
o Un service spécialisé pour 500 000 habitants
o Un service universitaire dans tous les CHU
Ce plan gouvernemental addictions 2007-2012 prévoit de renforcer les structures médico-sociales en addictologie, notamment pour étoffer des équipes souvent trop réduites pour assurer des missions de prévention, de réduction des risques et d’accompagnement thérapeutique, et pour augmenter les capacités d’accueil en hébergements thérapeutiques.
o Il prévoit également la mise en place de 250 réseaux ville-hôpital (50 existent actuellement)
Le plan addiction nécessite un financement de 77 millions d’Euros par an pendant cinq ans.
- Pensez-vous conserver ce financement prévu par l’Etat ? Le diminuer ? Ou l’augmenter ?
Outre la prévention, l’amélioration de l’accès aux soins et des soins dans le domaine des addictions est une nécessité. Les engagements de l’État seront respectés et les dispositions prises évaluées et éventuellement réajustées en ce sens.
Dans le domaine de l’enseignement et de la formation
L’enseignement de toute l’addictologie (les mécanismes, l’épidémiologie, la sociologie, la clinique, les conséquences et toutes les modalités de soins et de prise en charge des addictions à l’alcool, au tabac, au cannabis, à la cocaïne, à l’héroïne, aux jeux et autres drogues…) correspond à moins de 10 heures de cours durant l’ensemble des études de médecine et à une seule question sur les 450 prévues pour le concours de l’internat.
- Pensez-vous nécessaire de mieux former les médecins à ces pathologies, et si oui, comment ?
Les formations de l’ensemble des acteurs, quelles que soient les disciplines (médecins, psychologues, infirmiers, travailleurs sociaux…) doivent s’adapter aux nouveaux défis que constituent les addictions, les conduites à risque des adolescents, les troubles des comportements alimentaires, etc. Les formations de base des différentes disciplines doivent faire une plus grande place aux connaissances et au savoir-faire dans ces domaines.
Dans le domaine de la recherche
Les moyens attribués à la recherche en addictologie en France sont 10 fois moins importants que ceux de l’Allemagne et 100 fois moins que ceux des Etats-Unis (rapportés au nombre d’habitants évidemment).
- Pensez-vous nécessaire de développer, en France, les recherches neurobiologiques, cliniques, sociologiques et thérapeutiques sur les addictions ? Et si oui, comment et avec quels financements ?
Le pacte présidentiel que je propose aux Français insiste fortement sur la priorité à donner à la recherche. Cela vaut évidemment dans le domaine des addictions pour toutes leurs dimensions ainsi que pour le renforcement des dispositifs d’observation.
lire la Lettre adressée aux candidats à la Présidence de la République FFA mars 2007
NB Il s’agit de la seule réponse d’un(e) candidat(e) à l’élection, parvenue à ce jour
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