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Pourquoi la France ne devrait pas changer la « Loi Evin » novembre 2004
Article de la base documentaire de la F3A
Pourquoi la France ne devrait pas changer la « Loi Evin » novembre 2004
mardi 2 novembre 2004.
Pourquoi la France ne devrait pas changer la « Loi Evin »
Allaman Allamani (Italie), Rolande Anderson (République d’Irlande), Sverre Barfod (Danemark), Gallus Bischof (Allemagne), Patrick Fouilland (France), Bart Gartmyn (Belgique), Nick Heather (Royaume-Uni), Annemarie Huiberts (Pays-Bas), Antoni Gual (Espagne), Alexander Kantchelov (Bulgarie), Philippe Michaud (France), Leo Pas (Belgique) Cristina Ribeiro (Portugal), Hana Sovinova (République tchèque), Pierluigi Struzzo (Italie)
Pendant des décennies la France a détenu le record mondial de la consommation d’alcool, et cela au prix de milliers de cirrhoses et de cancers du foie, d’accidents vasculaires cardiaques et cérébraux, de dépendances sévères avec leur cortège de conséquences dans les familles et dans la société, actes violents, accidents, etc.
Mais la France est aussi le pays où pendant quarante ans la consommation moyenne d’alcool a continûment décrû, ce qui lui a fait perdre cette première place, et elle se situe maintenant au quatrième rang, derrière plusieurs voisins de l’Europe de l’Ouest, et probablement derrière des pays de l’ancien ‘bloc de l’Est’, où l’augmentation rapide de la consommation d’alcool depuis le début des années quatre-vingt-dix a provoqué un véritable désastre sanitaire. En Russie on note une diminution dramatique de l’espérance de vie, dont la moitié est attribuée à la hausse de la consommation d’alcool.
La réduction de la consommation en France est due à de nombreux facteurs, parmi lesquels les changements sociologiques sont certainement importants. Le vin n’est plus regardé aujourd’hui comme un aliment qu’on prend à chaque repas, et est maintenant plutôt associé aux plaisirs de la convivialité. La hausse de la consommation de spiritueux et de bière n’a pas contrebalancé la baisse de celle du vin, et ainsi les Français boivent moins - et bénéficient en conséquence d’une diminution des dommages dus à l’alcool.
Le rôle des politiques publiques et des actions de prévention est difficile à évaluer, mais il y a des preuves scientifiques de l’efficacité de décisions politiques comme la taxation et la réduction de la publicité. Ce sont ces considérations qui avaient amené l’ancien ministre français de la santé Claude Evin à proposer au parlement français une loi qui énonçait de nouvelles règles concernant le tabac et l’alcool, et contenait d’importantes restrictions de la disponibilité et de la publicité. A côté du message de prévention obligatoire (« l’abus d’alcool est dangereux pour la santé - appréciez avec modération »), les restrictions sur la publicité interdisaient les arguments psychosociaux en faveur de la consommation, et n’autorisaient que les annonces informatives (origine, concentration alcoolique, etc.).
Cette loi a été sévèrement critiquée par les producteurs de vin et par l’industrie de l’alcool, mais elle peut être considérée comme un exemple pour toute l’Europe, parce qu’elle montre que même au pays de l’alsace, du bourgogne, du beaujolais et du bordeaux - et d’autres - la santé publique peut être placée au-dessus des considérations économiques.
Depuis sa réélection le Président Jacques Chirac a choisi des priorités de santé publique : le handicap, le cancer, la sécurité routière, qui sont toutes fortement reliées à l’alcool. Le handicap, parce que le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause évitable de malformations congénitales en France, et parce que l’alcool provoque chaque année des centaines de troubles cognitifs sévères chez l’adulte, et des milliers de maladies physiques ; le cancer, parce que l’alcool et le tabac sont les deux principaux produits cancérigènes ; et il n’est pas besoin de rappeler la place de l’alcool dans les accidents de la route.
Il n’est guère difficile de comprendre pourquoi les producteurs de vin et les marchands ont mené une campagne de lobbying si intense auprès des députés et des sénateurs français : ils veulent vendre plus, en restaurant l’image du vin : une part de l’identité nationale, un produit bon pour la santé, surtout lorsqu’il est bu régulièrement, « avec modération ».
Cependant, il existe une corrélation entre la consommation d’alcool moyenne d’une population et la fréquence des problèmes liés à l’alcool. De plus, la modération est un concept séduisant, mais il ne peut pas être proposé comme une norme sociale : les abstinents doivent être respectés dans leur choix ; et même si l’OMS donne des points de repère généraux pour la consommation à risque, le même niveau de consommation peut entraîner selon les personnes des niveaux de risque différents, selon leurs autres facteurs de susceptibilité. Par contre, toutes les sortes de boissons alcooliques ont le même effet sur la santé : si le titre alcoolique est plus faible pour la bière le cidre ou le vin que pour les spiritueux, les volumes consommés ne sont pas les mêmes, et seules la quantité d’alcool pur a une importance réelle sur la santé. Enfin, rien dans le vin n’est essentiel pour la santé.
Supprimer des restrictions sur la publicité, comme le parlement français semble s’apprêter à le faire, a un seul objectif : faire boire plus. Cet objectif-là peut probablement être atteint : on boira plus de vin français, et probablement aussi plus de bière hollandaise, belge ou allemande, de whisky écossais, de vin italien, espagnol, chilien ou américain. Les conséquences sont faciles à prévoir : plus de malformations, plus de cancers, plus d’accidents.
Est-ce là le résultat recherché par le parlement et le gouvernement français, un nouveau « paradoxe français » ? Il est encore temps de reconsidérer la question.
Quant à nous, nous préférons le vin français quand il est source de plaisir et non de souffrance et de surmortalité.
Les signataires sont des spécialistes de la santé publique européens engagés dans le Projet européen sur l’alcool et les soins primaires, financé par la commission européenne.
Traduction : Philippe Michaud
Contact :
Patrick Fouilland, Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie, 154 rue Legendre 75017 Paris federation@alcoologie.org
ou
Philippe Michaud Programme « Boire moins c’est mieux », 8 avenue du général Gallieni, 92000 Nanterre bmcm@anpa.asso.fr
Voici pour information le texte original de la contribution :
Why France Should Not Alter the ‘Loi Evin’
For decades France has had the highest alcohol consumption in the world, and this caused thousands of liver cirrhosis and cancers, heart attacks and strokes, severe dependence syndromes with the related harm in families and in society, violence, car crashes, etc.
But France is also the place in the world where alcohol consumption has continuously decreased for forty years, and it has lost now its first rank in official figures, behind neighbours of western Europe, and probably behind several ‘ex-socialist’ countries in eastern Europe, where the dramatic rise of the alcohol consumption in the nineties provoked a health disaster : for instance there is an important loss in life expectancy in Russia, and half of it is attributed to alcohol.
The reduction of alcohol consumption in France was caused by many factors, among which sociological changes are certainly important. Wine has no longer been considered as a piece of a normal diet, taken with every meal, and became more or less a pleasure associated to conviviality. The rise of spirit and beer consumption did not compensate the decrease of wine, so the French drink less - and hence experience an important decrease in alcohol-related harm.
The place of public policy and prevention campaigns is difficult to evaluate, but there is scientific evidence of the effectiveness of political decisions, as taxation and restriction in advertising. It is this kind of consideration which led a former Ministry of Health, Claude Evin, to propose French parliament a law enacting new rules for tobacco and alcohol, including important restrictions in availability and advertising. Beside the prevention message (‘alcohol abuse could be dangerous to your health - appreciate with moderation’) advertising limitations mainly concerned the prohibition of psychosocial arguments in favour of drinking : the ads have to be strictly informative (origin, strength, etc.).
This law has been harshly criticized by wine producers and by the alcohol industry, but can be considered as an example for all Europe, because it shows that even in the country of Burgundy, Alsace, Bordeaux and Beaujolais, and others, the Public Health can be placed above economic considerations.
Since the re-election of President Jacques Chirac, Public Health priorities set out for the country are handicap, cancer and road safety. All are highly connected with alcohol : handicap, for foetal alcohol syndrome is in France the first cause of avoidable birth defects, because alcohol causes hundreds of major cognitive troubles in adults, and thousands of physical disabilities ; cancer, because the two major avoidable causes of cancers are tobacco and alcohol - and there is no need to emphasize the relation between alcohol and driving accidents.
Why the wine producers and traders have recently achieved such an intensive lobbying towards French deputies and senators is not difficult to understand : they want to sell more, by restoring the image of wine as part of the national identity, as a product ‘good for health’, especially when it is taken regularly, with ‘moderation’.
First, there is a correlation between the average consumption in a population and the frequency of alcohol-related harm. Second, moderation is a nice concept but cannot be given as a social norm : abstainers should be respected in their behaviour - and a drinking level could be differently hazardous for different people, even though reference points have been given by WHO for high-risk drinking. Third, every alcoholic brewage has the same effect on health, concentration is lower in beer, cider and wine than in spirits, but the volumes drunk aren’t the same : and the total amount of pure alcohol is the only important variable. And finally nothing in wine nor in other alcoholic drink is essential.
Remove restrictions in advertising, as voted last week by the French National Assembly, has one objective : to make people drink more. Probably this can be reached : they will drink more French wine - and maybe more Dutch, Belgian or German beer, more Scotch whisky, more Italian, Spanish, Chilean or American wine too. The consequences are predictable : more birth defects, more cancers, more accidents….
Is THAT the result French parliament and government want to provide : a new French paradox ? It is still time to reconsider the question. We like better French wine when it is a source of pleasure, not when it results in fatalities.
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