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Article de la base documentaire de la F3A

Manifeste de la F3A Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie : III. Des moyens à réunir, La prise en compte de la dépendance

Manifeste de la F3A texte long
lundi 4 octobre 2004.

I. Préambule

II. La F3A a 10 ans

Tenir compte d’évolutions importantes dans l’environnement

Une approche de santé publique avec une priorité « alcool » réaffirmée

III. Des objectifs à redéfinir, des moyens à réunir

Les objectifs

a. Limiter la fréquence de la consommation dangereuse de substances psychoactives

b. Assurer un repérage précoce des comportements à risques pour permettre une intervention auprès des consommateurs avant l’apparition de dommages

c. Améliorer (en fréquence et en qualité) le diagnostic des dommages induits pour renforcer l’efficacité des interventions à caractère médical ; favoriser la reconnaissance d’autres modes d’intervention(s)

d. Améliorer les connaissances sur les traitements (créer des connaissances, les diffuser, modifier les pratiques thérapeutiques) et plus généralement sur les modes d’intervention

e. Prévenir les handicaps secondaires et en assurer la prise en charge en cas d’échec de la prévention

f. Donner à la diffusion des connaissances une cohérence au regard des objectifs de santé publique

Les moyens

La prise en compte de la dépendance

Les besoins de soins des personnes dépendantes sont encore très insuffiamment couverts. C’est particulièrement vrai pour le tabac et en deuxième lieu pour l’alcool, pour lesquels le nombre de dépendants est à peu près connu. Il est plus difficile d’estimer les besoins de soins pour les autres dépendances, que le nombre de consommateurs soit inconnu, ou que la part de consommateurs dépendants ne soit pas évaluée de façon indiscutable. En ce qui concerne le tabac, la difficulté actuelle à trouver une place dans une consultation d’aide au sevrage tabagique contraste fortement avec la priorité affichée en matière de politique de santé, qui passe plus pour l’instant par une politique de réduction d’accès au produit que par un développement de l’aide à l’arrêt. La formation des médecins généralistes et le renforcement du nombre d’intervenants en tabacologie sont nécessaires. L’aide apportée par les substituts et certaines molécules explique l’investissement de l’industrie dans la promotion de la tabacologie, mais la prise en compte des données psychologiques et comportementales est fondamentale dans l’arrêt du tabac, et ces aspects sont négligés dans les formations médicales.
Il est scandaleux qu’il soit toujours aussi rare que les patients hospitalisés se voient proposer une substitution nicotinique et une consultation de tabacologie pendant leur hospitalisation, même lorsque celle-ci est une conséquence du tabagisme. Il est nécessaire que cette intervention tabacologique soit systématique et qu’elle entre dans les critères de qualité des soins dans les processus d’évaluation et d’accréditation. En ce qui concerne la dépendance à l’alcool, il est établi que l’approche ambulatoire pluridisciplinaire est pertinente, en associant les compétences des médecins, psychologues, infirmiers, travailleurs sociaux, et d’autres métiers selon les situations. La participation à une association d’entraide est un facteur de bon pronostic qu’il est raisonnable de proposer aux patients. Les Centres de cure ambulatoire en alcoologie apportent une réponse globale aux besoins de soins des personnes dépendantes de l’alcool (avant, pendant et après sevrage), et lorsqu’ils ont développé cette compétence, aux dépendants du tabac. S’y ajoutent l’aide et l’accompagnement des personnes non dépendantes, des entourages et les tâches de formation. Certains de ces centres ont toutefois de financements si faibles qu’ils fonctionnent avec des équipes très incomplètes, et leur capacités d’accueil et d’intervention sont de ce fait très réduites.
Il paraît prioritaire que tous les CCAA soient pourvus d’une équipe optimale et d’un financement ad hoc ; par le passé, la F3A s’est attachée à définir la dimension au dessous de laquelle il n’est pas possible de parler de CCAA : aujourd’hui les compétences médicales, infirmières, psychologiques, socio-éducatives, la présence d’un secrétariat d’accueil doivent être réunies, ce qui ne préjuge pas d’autres compétences en fonction de projets spécifiques.
Certains CCAA sont devenus des centres d’addictologie en mesure d’accueillir des patients dépendants des drogues illicites, certains dispensent même des substitutions. De façon symétrique, certains CSST tendent à développer des réponses adaptées aux alcoolodépendants. Ce double mouvement de convergence, mené parallèlement au plan triennal 2000-2002 de la MILDT, devrait faire l’objet d’une évaluation publique de façon à préparer ou à réfuter la généralisation du processus.
En attendant, pour la F3A, il paraît fondamental de rappeler l’objectif qu’elle avait déjà exprimé en 1995 et qui a été repris dans le rapport « Parquet-Raynaud » : un CCAA pour 100000 habitants.
La place de l’hospitalisation pour sevrage est assez bien circonscrite et elle n’est nécessaire que dans 10 à 30% des cas selon la population soignée et ses caractéristiques médico-sociales  : le recours systématique à l’hospitalisation pour sevrage ou pour « cure » n’est justifié par aucune étude et est contradictoire avec une approche coût-efficacité.
La place des services hospitaliers spécialisés d’alcoologie ne fait pas consensus, mais il paraît raisonnable de penser qu’ils sont destinés à recevoir les patients en échec patent d’une stratégie ambulatoire, et/ou plus sévèrement touchés. Les pratiques thérapeutiques de ces services sont encore souvent insuffisamment évaluées. Certains travaillent en collaboration étroite avec les acteurs d’amont et d’aval ; d’autres, heureusement minoritaires, réfutent la nécessité d’un lien thérapeutique après l’hospitalisation. Il est du ressort des autorités sanitaires de vérifier le bien-fondé des pratiques thérapeutiques : s’il est admissible d’utiliser des techniques non évaluées à titre expérimental, il paraît justifié de demander des évaluations passées les périodes de mise en place.
Cette remarque vaut également pour les pratiques ambulatoires, mais les moyens des équipes ambulatoires pour réaliser des évaluations sont presque nuls, et on peut imaginer un centre ressource national pour mettre à disposition des équipes des moyens de pratiquer des évaluations ; la Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie est prête à prendre part à ce travail.
Les unités hospitalières d’alcoologie et/ou d’addictologie de liaison (UHAL) sont vraisemblablement la nouveauté la plus intéressante des années 1995-2003, puisque leur rapide développement permet de faire entrer la préoccupation addictologique dans la vie de nombreux hôpitaux. L’effectif faible de leurs équipes, le caractère vaste de leurs missions et l’absence de structures de relais les met cependant souvent dans une situation de choix qui risque de produire chez elles ce qui s’est produit vingt ans plus tôt avec les Centres d’hygiène alimentaire et d’alcoologie : avec le temps une divergence de plus en plus marquée des pratiques et donc des représentations, néfaste à la cohérence du dispositif et à l’adéquation à ses fonctions initiales.
La F3A considère que les CCAA et les UHAL sont des pièces majeures d’un puzzle qui est aujourd’hui inachevé et qui comprend, outre le dispositif spécialisé en alcoologie, les CSST, les médecins spécialistes particulièrement concernés (internistes, gastro, psychiatres...), les généralistes, les médecins du travail, les travailleurs sociaux et les associations d’aide (liste probablement incomplète). Elle demande à l’ensemble des intervenants de se considérer comme autant de maillons d’un réseau global. Leur objectif n’est pas tant de soigner des patients que de les accompagner et éventuellement les orienter. Les patients dépendants et leurs entourages sont les premiers acteurs de l’addictologie.
Les « réseaux » sont soit informels (et c’est le cas le plus souvent), constitués autour d’une initiative, soit formalisés et financés au titre des « réseaux ville-hôpital » ou de la « qualité des soins de ville ». Ces réseaux permettent le décloisonnement des représentations et le partage des pratiques. Ils ne sont cependant pas exempts de risques de dérives. Ils ne doivent pas, par exemple, dispenser ses membres de l’obligation de secret professionnel, ni donner aux patients le sentiment qu’ils sont des moyens de contrôle social. Leur maintien à long terme nécessite souvent une énergie importante et/ou l’engagement d’une personnalité. Leur professionnalisation peut aussi faire planer la menace de bureaucratisation. La prise en compte de la dépendance à un ou plusieurs produits passe à ce jour, selon la F3A, par un dispositif cohérent et coordonné constitué au profit d’un patient engagé dans un processus de changement prolongé favorisé par un échange avec un dispositif ambulatoire. Ce dispositif associe les équipes spécialisées dans le soin ambulatoire, les médecins généralistes et les travailleurs sociaux de secteur, les spécialistes, dont ceux qui travaillent à l’hôpital, les associations d’aide. L’entrée dans le processus de soin, habituellement liée à un événement de vie, doit pouvoir se faire à l’occasion de toute rencontre avec tout membre du réseau de soin, quels que soient son lieu de travail et sa compétence professionnelle. Si l’alliance initiale est fondamentale et justifie le maintien du lien, l’orientation vers la structure d’aide la mieux adaptée, en dialogue avec la demande du patient, doit être la première tâche. La suite prendra le temps qu’il faudra, les professionnels devant se fonder pour leurs choix sur l’état de la science et sur le principe d’économie, en faisant le simple et l’économique avant de faire le compliqué et le coûteux, sauf urgence avérée.

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