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Manifeste de la F3A Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie : III. Des objectifs à redéfinir (a,b,c,)
Article de la base documentaire de la F3A
Manifeste de la F3A Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie : III. Des objectifs à redéfinir (a,b,c,)
II. La F3A a 10 ans
Tenir compte d’évolutions importantes dans l’environnement
Une approche de santé publique avec une priorité « alcool » réaffirmée
III. Des objectifs à redéfinir, des moyens à réunir Les objectifs
a. Limiter la fréquence de la consommation dangereuse de substances psychoactives
Ce premier point n’est pas un plaidoyer prohibitionniste
: l’usage de produits psychoactifs
n’est pas un phénomène qu’on peut traiter par
l’interdit et la répression, mais une constante
de la condition humaine ainsi que nous l’avons
noté dans notre préambule.
Il n’en reste pas moins qu’une corrélation
existe entre le niveau élevé de notre consommation
nationale de boissons alcoolisées, la
mortalité liée à l’usage de l’alcool et le nombre
des accidents de la circulation, et que l’on
pourrait faire un constat analogue pour la plupart
des produits, y compris ceux prescrits par
les médecins.
Les régulations par la loi sont nécessaires,
mais elles restent très souvent liées à l’idéologie
(du contrôle social) plus qu’à la science.
La prévention primaire de l’usage dangereux
nécessite également une meilleure appréciation
du risque associé à chaque consommation
en réaffirmant que l’effet final est celui de
la rencontre d’un produit, d’une personne et
d’un contexte particulier. Avec les acteurs de
la recherche clinique, le dispositif de prévention
et de soin doit être en mesure de produire
de la connaissance sur les risques et sur les
seuils de risque, faute de quoi on confondra
toujours usage et usage à risque, et la répression
de l’usage restera encore longtemps l’axe
d’intervention de l’Etat pour les drogues désignées
comme illicites.
En matière d’alcool, les risques à long terme
sont relativement bien définis, mais il manque
encore des éléments précis d’appréciation
pour le risque aigu, en dehors de la conduite
automobile et de situations professionnelles
exposées aux risques. La prévention de l’alcoolisation
en cours de grossesse, dont les effets
sont au contraire parfaitement connus, doit
être inscrite comme une priorité.
b. Assurer un repérage précoce des comportements à risques pour permettre une intervention auprès des consommateurs avant l’apparition de dommages
Le deuxième point tient à la production et à la
diffusion de connaissances et aussi et surtout à
la mobilisation d’acteurs :
- Validation d’outils pertinents de repérage adaptés à chaque situation ;
- Adaptation et évaluation de modes d’intervention selon le public visé, les acteurs professionnels et les objectifs de l’intervention ;
- Définition et mise en oeuvre de stratégies de mobilisation des acteurs ;
- Action pour obtenir un consensus social sur
l’intérêt d’une stratégie de prévention secondaire.
Pour les drogues illicites ou pour l’abus de médicaments, il est clair que cette stratégie nécessite la création ou l’adaptation d’outils de repérage, mais cela renvoie d’abord à une dfinition de l’usage dangereux. Pour le tabac, il manque encore une mise au point de ce qu’il est possible de proposer chez le fumeur débutant, ou peu dépendant, la consommation de tabac ne prenant pas immédiatement la forme d’une tyrannie comportementale. Pour l’alcool, ces stratégies ne font pas encore complètement consensus, mais des expériences actuellement en cours pourraient conduire à des recommandations pratiques. Il reste cependant à travailler sur les stratégies opérationnelles en terme de politique sanitaire : qui doit intervenir ? Comment former ? ...
c. Améliorer (en fréquence et en qualité) le diagnostic des dommages induits pour renforcer l’efficacité des interventions à caractère médical ; favoriser la reconnaissance d’autres modes d’intervention(s)
Le troisième point nécessite une meilleure attention de tous les acteurs du soin, médecins (sans exception, généralistes, médecins de prévention, spécialistes, praticiens des hôpitaux, universitaires...) mais, au-delà, tous les professionnels des dispositifs médico-psychosociaux qui doivent avoir une attitude plus systématique d’évaluation des consommations et de proposition d’aide : il est assez frappant de voir que la question de la consommation d’alcool n’est généralement pas posée aux hypertendus ni aux femmes enceintes, ou que les substituts nicotiniques sont loin d’être systématiquement proposés aux patients hospitalisés pour un trouble coronarien.
Cette attitude doit être analysée sur un mode motivationnel : pour agir, il faut croire à la faisabilité et à l’efficacité de son intervention. On rencontre au contraire une faible reconnaissance de l’usage (dont on ne voit que les formes les plus caricaturales), le doute sur l’intérêt et/ou la légitimité d’une intervention, un manque de savoir et de savoir-faire qui explique l’incapacité d’en définir le contenu d’une intervention auprès du consommateur en danger. Les spécialistes des addictions peuvent jouer un rôle mobilisateur en contribuant à affaiblir ces facteurs d’inaction et en donnant des outils de compréhension et d’action.
C’est une tâche importante de tous les acteurs de l’addictologie : notamment services hospitaliers spécialisés, des unités de liaison, des CSST et des CCAA, dont la capacité de mobilisation doit être reconnue et renforcée. Les interventions à caractère psychologique, social et judiciaire ont probablement un effet très important, quoique plus mal connu du fait de la faible diffusion des expériences et de la fréquente faiblesse des évaluations. Le caractère dominant du modèle médical, qui analyse la dépendance comme une maladie, est une autre explication de cette sous-estimation des interventions non médicales.
Mais cette conception ne rend pas compte de la variété des situations et des niveaux de risque, ni de l’intérêt démontré d’interventions menées par des psychologues, des infirmières, des éducateurs, des diététiciennes ...
Il est donc souhaitable de favoriser la reconnaissance de ces autres approches de l’intervention auprès des usagers en situation de danger, en aidant les professions non médicales à partager et diffuser leurs expériences, en en facilitant les évaluations et en promouvant celles qui ont été validées.
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