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Mémoires, Thèses
Le rôle du travailleur social en Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie Introduction partie I
Le rôle du travailleur social en Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie Introduction partie I
« Ne te demande pas ce qu’on a fait de toi.
Demande- toi ce que tu fais de ce qu’on a fait de toi ».
Les Sages (L’Express, décembre 2004)
INTRODUCTION
La question du rôle du travailleur social dans une équipe de soins est née de notre expérience d’assistante sociale dans un centre d’alcoologie désigné actuellement sous le terme de Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie (CCAA). La fonction du travailleur social en alcoologie, dont l’objectif principal est la réinsertion du malade alcoolique, se situe dans une zone intermédiaire entre le champ « médico-psychologique » et celui de l’action sociale généraliste.
Dans le cadre de ce mémoire, nous utiliserons le terme de « travailleur social » parce que la fonction, telle qu’elle se présente en centre d’alcoologie, peut faire appel à plusieurs professions sociales : la plus courante est celle d’assistant de service social mais on rencontre également des éducateurs spécialisés, des conseillers en économie sociale et familiale et aussi des « visiteurs sociaux » que nous définirons plus loin.
La mission de ce type de structure est de prévenir le consommateur des risques encourus par l’usage abusif de l’alcool et de soigner le sujet devenu dépendant. La personne qui vient consulter peut être un buveur occasionnel, un buveur excessif, un alcoolo-dépendant ou encore un membre de l’entourage qui vient demander conseil.
L’objectif principal de l’institution est de permettre au buveur de prendre conscience qu’il risque de briser les liens qui le maintiennent inséré dans le tissu social, ou de chercher, avec lui, à les rétablir lorsqu’ils sont rompus. L’abstinence n’est pas une finalité mais un moyen d’action pour soigner cette « pathologie de la liberté », cette « maladie de la relation » qui définit l’alcoolisme.
Expérience professionnelle
Notre approche du travail social au sein d’une équipe de soins s’est construite à partir de plusieurs expériences : la formation en alcoologie dans le cadre de séminaires d’enseignement spécialisé, notre travail au quotidien en centre d’alcoologie, l’échange entre travailleurs sociaux à l’intérieur d’un groupe de parole.
La formation qualifiante proposée par les séminaires de l’Association pour la Recherche et l’Enseignement en Alcoologie et sur les Toxicomanies (AREAT) nous a permis d’aborder de façon approfondie la problématique alcool.
L’AREAT est un creuset pédagogique, un lieu de rencontre de plusieurs professions médico-psycho-sociales qui exercent leur métier dans le même champ, l’alcoologie. Au-delà de la formation didactique proprement médicale et psychologique et de l’introduction à différents outils thérapeutiques (analyse transactionnelle, systémique), les stagiaires sont confrontés à l’épreuve de « l’itinéraire » de leur propre alcoolisation. Cette réflexion, menée en petits groupes pendant douze jours et relatée à l’ensemble des participants, fait émerger nos représentations, notre expérimentation du produit, nos préjugés. Cette formation a pour but de donner du sens à nos pratiques professionnelles quotidiennes, d’affermir nos positions non seulement grâce à l’apprentissage de notions théoriques mais aussi à travers une nécessaire déconstruction de nos préjugés, de nos savoirs empiriques, de nos représentations de l’alcool et du malade alcoolique.
Dans ce contexte de formation, notre position de « professionnelle en alcoologie » a trouvé ses fondements sur le plan des savoirs et de notre relation au patient. Cependant, ce travail en groupe pluriprofessionnel n’avait pas pour objectif de délimiter le cadre de la fonction de travailleur social en alcoologie.
L’objet du travail social en alcoologie, c’est-à-dire l’accompagnement social du sujet alcoolique, se trouvait défini mais pas les modalités de cet accompagnement. La délimitation d’une zone d’intervention entre le médico-psychologique et le social restait encore silencieuse.
Un deuxième enseignement nous a été donné par l’expérience du travail en équipe. En découvrant cette discipline nommée « alcoologie », nous avons appris que la maladie alcoolique était une pathologie de la relation, de la communication que l’on pouvait soigner en mettant en synergie les actions de plusieurs intervenants au sein d’une équipe pluriprofessionnelle (médecins, infirmière, psychologue, secrétaire, assistante sociale).
Le travail social en centre d’alcoologie s’inscrit en effet dans une démarche commune à une équipe dont la mission est de prendre soin de toute personne concernée directement ou indirectement par un problème d’alcool.
L’objectif commun de l’équipe d’une telle structure est de travailler à « l’élucidation des rapports entre l’homme et l’alcool », ce qui, dans cette optique, donne un rôle important à la parole et à l’écoute, en tant qu’outils thérapeutiques.
L’intérêt du travail en équipe, c’est la richesse que peuvent apporter les approches différenciées du sujet alcoolo-dépendant, selon la fonction qu’occupe chaque intervenant.
« C’est de la différence de perception des situations entre les membres de l’équipe que peut émerger le respect de la complexité de la situation. Le travail en équipe permet de partir de l’individuel (relation d’aide) et du commun (vie d’équipe) pour arriver au collectif (décisions, valeurs)… » [1].
Le travail en équipe, groupe restreint, implique la nécessité de se fixer des règles, « d’effectuer sans cesse sa propre réorganisation » selon Sartre (Critique de la raison dialectique, tome 1, 1960) [2].
Or, à travers notre expérience, nous avons pu observer les difficultés auxquelles l’équipe s’expose lorsque ces règles ne sont pas respectées.
En effet, comment l’équipe peut-elle rester solide, s’adapter et évoluer si les tâches restent imprécises et non délimitées, si les fonctions des membres et les rôles distribués ne sont pas bien différenciés, si les différentes perceptions d’une situation ne peuvent s’exprimer et être entendues ?
Si les membres de l’équipe n’effectuent pas en permanence un travail sur eux-mêmes, le risque qui guette l’organisation, lorsqu’elle est bien rôdée, comme le dit Sartre, peut être soit l’inertie, la bureaucratie où les formalités prennent le pas sur les objectifs, soit les conflits de compétences avec des initiatives individuelles contraires aux tâches fixées.
Ce travail est difficile à réaliser au quotidien dans la mesure où les membres de l’équipe ont tendance à adopter parfois une attitude de « défense de territoire ». Et la juxtaposition des différentes fonctions entraîne souvent des problèmes de positionnement dans l’équipe et de coordination entre les intervenants.
Cette difficulté à coordonner les fonctions à l’intérieur d’une même équipe et à trouver sa place peut conduire à un sentiment d’isolement pour certains membres de l’équipe.
C’est pour cette raison que nous avons créé en 2001 une instance de réflexion : un groupe de parole de travailleurs sociaux oeuvrant dans le champ de l’alcoologie. Ce partage entre « pairs » sur nos diverses perceptions de la place du travail social en alcoologie nous apparaissait alors comme un espace de parole où nous pourrions dire ce que nous faisions, pourquoi et comment nous le faisions.
Auteur Catherine Gallo, cliquer ici pour lui adresser un message
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[1] VIDALENC E., Le Défi du Partenariat dans le Travail Social, p.32
[2] cité par ANZIEU D., la Dynamique des groupes restreints, p.59
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