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Mémoires, Thèses
Le rôle du travailleur social en Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie Introduction II
Le rôle du travailleur social en Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie Introduction II
Nous avons donc évoqué les différentes étapes de la construction de notre fonction : la formation spécifique en alcoologie et l’expérience du travail en équipe d’une part, le partage de savoirs et compétences dans un groupe de parole de travailleurs sociaux, d’autre part.
Nous verrons à présent comment s’est élaborée notre problématique et quelles sont les questions qui se sont posées.
Constats et hypothèses de travail
Si l’on considère qu’un centre d’alcoologie est un lieu de soins qui prend en compte la personne dans sa globalité, nous pouvons en déduire que ce type de structure se situe non seulement dans le champ de l’intervention médicale - c’est la notion de cure- c’est-à-dire le travail d’intervention ponctuelle, technique, qui définit généralement l’activité du médecin, mais aussi dans celui du « soin social » - c’est à dire la notion de care. (H. Mintzberg) [1].
L’équipe ne cherche pas à changer l’individu mais l’aide à prendre conscience de ce que signifie pour lui la conduite à risque qu’il a adoptée. Cette conduite est le résultat d’une vaste problématique qui dépend étroitement de la situation biologique et psychosociale, individuelle et familiale, personnelle et professionnelle du patient.
Si l’approche médicale et psychologique de la pathologie alcoolique est indiscutable dans un centre d’alcoologie, l’approche sociale est moins évidente.
Le travail social repose en effet sur des missions et des moyens. Ces missions sont-elles intégrées par tous les membres de l’équipe ? Le rôle du travailleur social est-il reconnu par son organisation ? La structure donne-t-elle au travailleur social les moyens nécessaires pour exercer son action ?
Cette recherche portera ainsi sur la position professionnelle du travailleur social au sein de son équipe de soins et par rapport à son environnement, et sur les conditions dans lesquelles sa parole s’exprime et son action s’exerce.
Nous avons choisi cet axe parce qu’il pouvait donner un sens à la pratique du métier. Le rôle et les tâches du travailleur social restent soumis à la nature de la structure, c’est-à-dire à sa connotation médicale, et aux contraintes de la taille restreinte d’une équipe de soins extra-hospitalière. Mais le travailleur social ne dispose-t-il pas cependant d’une certaine marge d’autonomie et de négociation pour organiser son travail ?
L’exercice de ce métier en structure spécialisée interroge deux notions :
- la profession, à laquelle le travailleur social a été formé et qui le qualifie par l’acquisition de savoirs théoriques et de savoirs d’action validés par un diplôme
- la capacité du travailleur social à s’adapter à un contexte particulier, ce qui implique l’acquisition de nouveaux savoirs en rapport avec la finalité de l’action. En l’occurrence, la formation en alcoologie permet l’acquisition de connaissances sur le mécanisme de la dépendance, la clarification des représentations personnelles de l’alcool, l’approche de divers outils thérapeutiques pour soigner la pathologie.
Cette démarche de professionnalisation permet au travailleur social d’articuler ces nouveaux savoirs avec ses connaissances de telle sorte qu’il devient capable de développer des compétences pour l’action.
La phase exploratoire de ce mémoire comprend trois aspects : une analyse de l’organisation actuelle de notre structure de travail, trois entretiens exploratoires, une étude du cadre institutionnel.
L’analyse de notre structure nous a conduit à poser plusieurs questions :
- le cadre de travail est-il bien défini ?
- comment peut-on envisager la prise d’initiatives lorsque la délégation précise des tâches et des responsabilités n’est pas formalisée ?
- l’organisation du travail des « permanents » (secrétaire, infirmière, psychologue, assistante sociale) permet-elle de prendre en compte les orientations actuelles des institutions médico-sociales qui placent « l’usager au centre du dispositif » ?
- quelles sont les possibilités de développement des compétences des intervenants pour favoriser à la fois le déploiement des activités du centre et la reconnaissance de leur travail ?
Ces questions concernent directement l’activité du travailleur social et contribuent à nourrir notre réflexion sur le rôle de cet acteur dans ce type de structure. Le rôle du travailleur social se définit selon quatre axes : - un travail relationnel avec la personne,
- une position d’interface entre le patient et les soignants,
- une position de médiation entre le patient et les partenaires sociaux extérieurs,
- un rôle de représentation de l’ensemble de la structure à l’extérieur ou de coordination de projets dans lesquels l’organisation est impliquée. Ce quatrième axe est important pour l’implication du travailleur social dans une structure de soins.
Si ce rôle de représentation n’est pas clairement reconnu par son organisation, comment le travailleur social pourra-t-il être identifié par ses partenaires extérieurs ? Il nous semble d’autant plus nécessaire d’interroger cette position interne que l’ensemble des professionnels des structures de soins sont aujourd’hui fortement sollicités par les pouvoirs publics pour intervenir dans la formation en alcoologie et le soutien des travailleurs sociaux « de première ligne », c’est-à-dire directement confrontés, dans leur pratique quotidienne, aux problèmes de désocialisation et d’exclusion d’un public en difficulté avec l’alcool.
Si le travailleur social de l’équipe ne participe pas pleinement à ces interventions, ne risque-t-on pas d’occulter la dimension sociale de la problématique alcool [2] ?
Le centre d’alcoologie est une structure de soins qui se définit comme « plurielle » [3], c’est-à-dire pluriprofessionnelle. L’action du travailleur social du centre ne peut-elle trouver tout son sens dans sa dimension d’interface, de vecteur de communication entre le médical et le social, à l’intérieur de l’organisation comme à l’extérieur, et ceci dans le respect des différentes fonctions ?
La question centrale qui sous-tend notre réflexion vise la finalité de l’action du travailleur social. L’effort global de la prise en charge du malade alcoolique lui permet-il de sortir de la dépendance au produit et de trouver les ressources nécessaires pour « mieux vivre » ?
Dans la mesure où l’alcoolisme est considéré comme une « pathologie sociale », on peut penser que le rôle du travailleur social est particulièrement important dans l’accompagnement du patient et la modification de la représentation de la maladie alcoolique par son environnement.
Au terme de cette exploration effectuée dans un contexte particulier et sur une seule structure, il s’avérait indispensable de confronter notre perception personnelle de la position du travailleur social à l’intérieur d’une équipe de soins à celle d’autres professionnels pour vérifier la validité de notre objet de recherche.
Nous avons alors interrogé des travailleurs sociaux exerçant leur métier, soit dans un autre champ (CMP) [4], soit dans un autre secteur de l’alcoologie (unité d’alcoologie hospitalière). Nous souhaitions repérer les points forts et les point faibles caractérisant leur positionnement professionnel.
Nous avons aussi interrogé un cadre socio-éducatif hospitalier, ayant exercé la fonction d’assistante sociale en CSST [5]. Il s’avère que ce type de questionnement se retrouve dans ces entretiens.
Mais cette enquête exploratoire reste toutefois assez limitée et ne permet que d’introduire la recherche.
Enfin, nous avons cherché à repérer le rôle du travailleur social spécialisé en alcoologie dans les circulaires législatives, les décrets d’application des lois et les quelques articles relatifs à l’accompagnement du malade alcoolique rédigés par des travailleurs sociaux.
Dans les années 1980, il semble que les travailleurs sociaux occupaient une place effective au sein de la Société Française d’Alcoologie, constituant un groupe de réflexion [6]. Mais à l’heure actuelle, seulement 3% des membres de cette association sont des travailleurs sociaux. Il y a lieu de chercher la cause du déclin de la représentation de la profession dans cette instance.
Le contexte institutionnel donne une place légitime au travailleur social en mentionnant la nécessité d’un accompagnement social dans la prise en charge du malade alcoolique en centre d’alcoologie. Mais il ne délimite ni sa fonction ni son rôle. Est-ce une richesse ou un frein au développement de son action ? Il se peut que cette imprécision dans les textes favorise la souplesse de fonctionnement des structures. Mais n’engendrerait-elle pas néanmoins des difficultés ?
Ainsi cette exploration nous a permis de problématiser notre question de départ.
Dans le cadre de ce mémoire, à travers une approche essentiellement organisationnelle, nous avons voulu étudier la tension qui caractérise la position du travailleur social pris dans un jeu d’interactions, et repérer les stratégies qu’il développe pour accroître la reconnaissance de son rôle.
Nous proposons donc de vérifier l’hypothèse suivante :
| Dans un Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie, le travailleur social construit diverses stratégies qui ont pour objectif de faire reconnaître son rôle en interne et en externe. |
A l’issue de notre recherche, il se pourrait que les résultats de l’enquête effectuée dans le cadre d’entretiens semi-directifs viennent démentir le fait que le travailleur social développe des stratégies. Cela signifierait que son rôle est bien reconnu par son organisation ou qu’il n’en a pas perçu la nécessité.
Dans une première partie, nous construirons la problématique de notre objet de recherche : la position du travailleur social en CCAA, au sein d’une équipe de soins pluriprofessionnelle.
Une approche socio-historique nous permettra, tout d’abord, de situer, dans sa complexité, le contexte institutionnel et organisationnel de la prise en charge de l’alcoolisme en France.
Puis, dans une approche théorique, nous étudierons l’intérêt que l’analyse stratégique peut avoir pour repérer la position du travailleur social en centre d’alcoologie et les difficultés qu’il peut rencontrer dans la mise en œuvre de ses stratégies, selon le contexte de son organisation. Nous nous référerons au modèle proposé par M. Crozier et E. Friedberg.
Dans ce chapitre consacré au modèle stratégique, nous introduirons également l’analyse de la notion de compétence, développée par H. Hatzfeld.
En complément de cette grille de lecture, nous procéderons à une approche clinique, proposée par E. Enriquez, approche qui complète la démarche stratégique dans la mesure où elle veut intégrer les dimensions historiques, institutionnelles d’une structure.
E. Enriquez va même jusqu’à évoquer la dimension « pulsionnelle » d’une organisation, introduisant ainsi le rôle de l’inconscient dans les actions entreprises.
Dans une deuxième partie, nous présenterons la méthodologie utilisée pour vérifier notre hypothèse, c’est-à-dire le choix de l’entretien semi-directif auprès de six travailleurs sociaux exerçant leur activité en CCAA du secteur public, rattaché à un hôpital et en CCAA du secteur privé, dépendant d’une association. Nous avons effectué un septième entretien auprès d’un directeur administratif de CCAA privé qui nous donnera son point de vue sur le rôle du travailleur social en équipe de soins.
Puis nous analyserons le contenu de cette enquête et ses résultats.
Auteur Catherine Gallo, cliquer ici pour lui adresser un message
Le rôle du travailleur social en Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie Introduction partie I
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[1] CABIN P., « Nous vivons dans le culte du management » in : Les Organisations p. 93
[2] HELFTER C., Vers une « sanitarisation » du travail social in : ASH, (2340), pp. 35-38
[3] Conférence de consensus 1999, 2002
[4] Centre Médico-Psychologique
[5] Centre Spécialisé de Soins aux Toxicomanes
[6] POTIER A., « Le Travail social contre la dépendance alcoolique » in : ASH (1371) p. 23
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