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La place des CCAA dans le dispositif et leur lien avec l’hôpital (partie 2)
La place des CCAA dans le dispositif et leur lien avec l’hôpital (partie 2)
jeudi 2 mai 2002.
Philippe Michaud, médecin alcoologue,
responsable du CCAA de Gennevilliers (92)
attaché UTAMA, Hôpital Beaujon, Clichy (92)
secrétaire général de la Fédération française de l’alcoologie ambulatoire (FFAA)
Le lien des CCAA avec l ’hôpital
Mais l’hôpital garde une place irremplaçable dans certaines situations :
- pour prévenir les accidents de sevrage lorsqu’ils sont à haut risque, ou pour traiter ces accidents,
- pour prendre en charge les maladies secondaires sévères
- les services spécialisés en alcoologie constituent un deuxième recours en cas de rechute itérative ou dans des situations cliniques dont le traitement est encore mal codifié
- les services hospitaliers spécialisés ont un rôle important dans la formation et la recherche
Et l ’hôpital a bien d ’autres intérêts encore :
Il s’y rencontre beaucoup de malades de l’alcool…
… qui n ’ont pas tous demandé à être là…
… mais qui donnent l ’occasion d ’être repérés…
… et confiés le temps de leur séjour à une équipe d ’alcoologie de liaison…
… avant d ’être orientés vers une « structure » de soin ambulatoire, qui peut être un médecin généraliste sensibilisé à l ’alcoologie (encore rare mais précieux), ou bien une consultation hospitalière, ou encore un CCAA
On ne peut donc qu’encourager les médecins hospitaliers à :
s’habituer à repérer les malades de l ’alcool (c’est le plus souvent déjà le cas)
considérer la dépendance alcoolique comme un syndrome « curable »
savoir aborder la question de la dépendance en des termes ni menaçants, ni méprisants ni fatalistes (hum hum)
Mais aussi à :
faire de l ’organisation des soins pour les dépendants alcooliques une des pierres de touche de la qualité de la coordination inter-services dans leurs établissements (hum hum hum)
créer des unités d’alcoologie de liaison (c ’est le moment)
et se lier au dispositif ambulatoire, qui peut éviter dans de nombreux cas le retour à l ’hôpital grâce à une politique active de prévention de la rechute
On ne peut qu’inviter les équipes des CCAA à continuer leurs efforts pour se lier aux services hospitaliers :
- Beaucoup de centres ont un pied voire un équipier à l ’hôpital…
- … mais une fois sur deux c ’est sur leur propre budget
- Ils ne peuvent à eux seuls assurer la fonction d ’une équipe de liaison
- Et ce lien ne doit pas les conduire à hospitaliser plus souvent : leur fonction est « hospitalofuge »
La réponse institutionnelle que constituent les équipes d’alcoologie de liaison paraît donc essentielle aux yeux des acteurs de l ’alcoologie ambulatoire que sont les CCAA, afin :
d ’organiser le repérage chez les hospitalisés
de créer une relation avec le patient et d ’effectuer le travail motivationnel pour induire un soin / un accompagnement prolongé
pour organiser les relais avec les structures de soin hors hôpital
Mais : si un CCAA organise cette activité, il doit le faire sur le budget hospitalier
Et il est imprudent de substituer au développement du dispositif ambulatoire celui des unités de liaison : le premier doit exister pour que les deuxièmes puissent jouer leurs rôles
En effet, une unité de liaison sans relais :
est amenée à développer une consultation externe rapidement embolisée
donne à croire que l ’hôpital reste la réponse sociale aux problèmes d ’alcool, et y attire donc les patients (travers « hospitalopète »)
Enfin, les CCAA ont depuis longtemps délaissé ce qui fut la première mission de leurs ancêtres les Centres d ’hygiène alimentaire (CHA) : le conseil auprès des buveurs à risque ou à problèmes, non dépendants.
Il semble que leur transformation en lieu de soins pour alcoolodépendants ait répondu aux besoins de ce groupe.
Cependant, il y a un fort intérêt pour la santé publique de développer de nouveau le repérage des buveurs excessifs et de développer des interventions à leur profit : la médecine générale et les hôpitaux sont les mieux placés pour le faire
En conclusion…
Les CCAA et les hôpitaux sont deux pièces maîtresses de la réponse sociale aux problèmes médico-sociaux provoqués par la consommation d ’alcool
La création des équipes hospitalières de liaison est d ’autant mieux vécue par les professionnels des CCAA qu’ils contribuent déjà souvent à cette activité
Ils ne voudraient cependant pas voir remis en question le développement des CCAA, en quantité (nombre et répartition sur le territoire, dotation) et en qualité (renforcement des équipes, formation).
En effet, à résultats égaux, la prise en charge de la dépendance à l ’alcool doit se faire en priorité sous la forme ambulatoire, qui permet un « flux » de patients bien plus important
L ’hôpital est cependant un lieu privilégié de repérage des personnes en difficulté avec l ’alcool : aux urgences, ou en cours d ’hospitalisation quel qu’en soit le motif
La mission des équipes de liaison est donc d’organiser la sortie du circuit hospitalier, dès que possible
Cela diminuera d’ailleurs l’impression négative que les personnels hospitaliers ont souvent sur les alcoolodépendants, d ’autant plus perpétuels rechuteurs qu’on ne leur proposait pas de soin.
Un hôpital a donc besoin à la fois d ’une équipe de liaison et de CCAA non loin.
Et un CCAA a besoin d ’un hôpital où le sevrage hospitalier s ’accompagne d ’une attention « alcoologique », ainsi que de services spécialisés où adresser les patients « résistants » à la prise en charge ambulatoire.
Il y a donc du chemin pour arriver à un dispositif global compétent pour faire face aux problèmes de masse que sont la consommation dangereuse d ’alcool et l ’alcoolodépendance…
Mais on en perçoit la direction et les étapes
Rendez-vous 2010 ou 2100 ?
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