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« LA GESTION EXPERIENTIELLE et le programme PRISME »
Article de la base documentaire de la F3A
« LA GESTION EXPERIENTIELLE et le programme PRISME »
F3A - Journée thématique du 24 septembre 2004 - Grenoble
« LA GESTION EXPERIENTIELLE et le programme PRISME »
Les domaines de la toxicomanie et des psychotropes sont des sources de controverses et de débats très personnels et très émotifs. En effet, dans ces champs, se côtoient connaissances scientifiques et objectivité, expériences personnelles de douleur et de souffrance ultimes ainsi que croyances et peurs plus ou moins rationnelles. De plus, chaque culture possède ses propres croyances, ses propres traditions et ses propres outils de prévention et de traitement pour chaque psychotrope connu. De telle sorte qu’en voulant rendre accessible certaines connaissances, une fois franchie la barrière linguistique, se dresse immédiatement la barrière sémantique.
Bien rares sont les personnes qui, en première réflexion, songeraient à des expériences agréables et positives en pensant aux drogues. Et pourtant, depuis toujours, les psychotropes (ces drogues qui modifient le fonctionnement électrique du cerveau) sont utilisés à de telles fins par l’humanité. La médecine a découvert de nombreuses sources de soulagement aux douleurs et souffrances humaines et y a trouvé parfois même des solutions à de terribles maladies. La religion en a fait un des symboles de ses secrets mystiques les plus profonds. Enfin, les psychotropes sont la source de multiples expériences de plaisir.
Bref, il est possible de démontrer qu’en complémentarité avec les expériences de douleur et de souffrance réelles suscitées par les psychotropes, il existe aussi, et de façon tout aussi réelle, des expériences de plaisir suscitées par les mêmes substances.
Toutefois, il semble que les réactions sociales face au problème des psychotropes se sont beaucoup plus orientées vers l’intégration des expériences de douleur - souffrance que vers celles du plaisir.
Actuellement, il semblerait que, plus que jamais, les orientations en matière de prévention reprennent les stratégies historiques de l’abstinence, de la répression, des témoignages et de l’information. On prône l’abstinence absolue, on édicte des lois de plus en plus répressives, on produit des témoignages de plus en plus bouleversants et on informe de plus en plus massivement… toujours avec une efficacité, somme toute relative. Au lieu de se questionner sur les stratégies employées, on semble beaucoup plus vouloir questionner l’intelligence des consommateurs.
La dernière stratégie préventive utilisée est celle de la promotion de la santé où l’on retrouve toutes les stratégies de développement des aptitudes personnelles requises pour que la population soit en mesure d’être en bonne santé. En fait, on suppose que plus une personne est en bonne santé et moins elle aura de chance de devenir toxicomane.
LA GESTION EXPERIENTIELLE
Or, en prévention, il paraît indispensable de se détacher des connaissances acquises sur le problème à résoudre pour se concentrer plutôt sur la situation AVANT l’apparition de ce problème et le processus par lequel cette situation saine a évolué vers le problème actuel.
Une toute nouvelle stratégie, élaborée depuis 1986 au Québec, aborde directement et de façon originale la question de la prévention : la GESTION EXPERIENTIELLE. Cette stratégie est basée sur un modèle original : le modèle expérientiel.
Ce modèle divise l’expérience humaine en deux composantes fondamentales : les expériences biologiques et les expériences psychosociales. Ces deux types d’expériences sont eux-mêmes fonction des psychotropes absorbés, du contexte biopsychosocial ainsi que du potentiel biologique et psychologique de la personne au moment de l’expérience. Enfin, les deux types d’expériences s’inter influencent par l’entremise des émotions.
A l’aide de ce modèle, il devient possible de décrire les expériences humaines suscitées par les psychotropes et de poser certaines hypothèses concernant les relations entre les expériences biologiques et psychosociales. Par exemple, l’expérience biologique obéirait, entre autre chose, à trois lois fondamentales : les lois de la réciprocité, de l’intensité et de la désensibilisation.
Le point de départ de la gestion expérientielle repose sur la base même de l’approche de la « réduction des méfaits » : les psychotropes sont parmi nous depuis la nuit des temps, et il est illusoire de penser qu’un jour ils disparaîtront de notre quotidien.
La stratégie de la gestion expérientielle s’inscrit parfaitement comme une stratégie de prévention de la toxicomanie puisqu’elle est issue du domaine des psychotropes et qu’elle aborde, directement et d’une façon tout à fait originale, les concepts fondamentaux qui y sont rattachés (criminalisation et législation, dépendance physique et psychologique, etc.). La gestion expérientielle nous porte en fait au-delà de ces notions pour nous recentrer sur l’originalité de chaque personne, dans ses possibilités et ses limites biopsychosociales et dans l’équilibre unique qu’elle fera entre les expériences biologiques et psychologiques (dont plaisir et douleur-souffrance) qu’elle vivra. La gestion expérientielle ne prône pas la légalisation ou la consommation contrôlée des psychotropes, l’abstinence… La gestion expérientielle ne prône rien. Elle ne veut qu’aider les individus à réfléchir, sur leurs modes de vie, sur ce qu’ils consomment, sur les conséquences négatives et positives de cette consommation, mais ceci, en tenant compte des limites physiologiques et psychosociales qui caractérisent chaque individu
LE PROGRAMME PRISME
A partir de cette stratégie, un programme innovateur en matière de prévention de toxicomanies « le programme PRISME » a été mis en œuvre au Québec depuis une quinzaine d’années et, depuis deux années sur la région Rhône Alpes.
Il a entre autres, comme objectifs :
Prévenir les risques de conduites addictives chez les jeunes, en adoptant une démarche participative
Dans une approche globale et communautaire, installer un langage commun en matière de psychotropes, accessible à toute la population et aux intervenants concernés.
Développer en direction des collégiens, un programme de prévention des toxicomanies visant le développement de leurs capacités personnelles et sociales (estime de soi) et leur capacité à résoudre les problèmes qu’ils peuvent rencontrer
Impliquer les composantes internes et externes du collège pour qu’ils deviennent acteurs de la démarche de prévention
Inscrire cette démarche dans une perspective à long terme afin de répondre adéquatement à toute demande reliée de près ou de loin aux toxicomanies et de favoriser l’autonomie et la viabilité du dispositif et de ses acteurs
Ce projet s’articule autour du milieu scolaire et prévoit l’implication des parents eux-mêmes impliqués dans les réseaux de proximité et intégrés dans la communauté. Grâce à une formation en prévention des toxicomanies (supervision continue assurée), les animateurs/bénévoles (d’origines très diverses) réalisent donc l’animation des ateliers avec l’aide du coordonnateur-formateur.
L’avantage de cette procédure bénévole est de permettre à la communauté, année après année, d’augmenter le nombre de ses membres capables de répondre à toutes sortes de demandes reliées de près ou de loin aux toxicomanies.
Cette formation de bénévoles peut assurer à la communauté une présence sociale que ne peuvent assurer les professionnels, moins nombreux, et souvent étrangers à la communauté elle-même.
Dans toutes les classes (6e d’abord) d’un même collège, les élèves participent à une série de 5 ateliers (le corps humain, les drogues naturelles et artificielles, l’influence des amis, la publicité, les émotions) d’une durée approximative d’une heure chacun, répartis de décembre à mai sur une même année scolaire.
C’est pour découvrir une manière originale (mais sans être la panacée) de prévention des toxicomanies que cette journée a été envisagée.
Participation de : André THERRIEN, psychosociologue québécois, concepteur de l’approche « Gestion Expérientielle », Président de l’Association Québécoise de Gestion Expérientielle, Marie-José SEGUIN, coordinatrice du programme PRISME.
Hervé PREVERT
Directeur de l’AFGE,
Formateur en Gestion Expérientielle
et Vice président de la F3A
Cette formation est réservée aux adhérents de la F3A
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