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INFIRMIERE ADDICTOLOGUE : ET POURQUOI PAS ?
INFIRMIERE ADDICTOLOGUE : ET POURQUOI PAS ?
lundi 30 juin 2003.
Ces quelques mots sont à la fois l’expression d’une certaine révolte mais aussi celle d’un esprit militant. Révolte contre quelques esprits chagrins qui craignent que la notion d’addictologie (au demeurant ancienne), ne viennent les priver… les priver de quoi au fait ?
J e suis infirmière depuis 1981, au contact de personnes en difficulté avec l’alcool depuis 1985, date à laquelle j’ai rejoint un service de médecine interne où il existait une « culture alcoologique » (CHAA hospitalier). Je ne suis à temps plein en secteur d’alcoologie que depuis 1997, date à laquelle j’ai rejoint une équipe d’Alcoologie de Liaison.
C’est là qu’en exerçant mes fonctions, notamment d’accueil, d ’ information et plus généralement d’éducation à la santé, j’ai commencé à élargir mon vocabulaire au tabac et aux médicaments. Mais, et je le sais maintenant, ces mots manquaient de conviction ; en mars 1999, j’ai arrêté de fumer, et me suis rendu compte d’un certain nombre de choses. Mon regard sur les intoxications « associées » à l’alcool par les patients suivis par notre équipe, a changé et ce pour différentes raisons.
C’est parce que j’avais « conscientisé » ma propre dépendance que j’ai commencé à modifier mon vocabulaire, à mettre sur le même plan les autres conduites addictives dont souffraient certains patients.
C’est parce qu’à l’occasion de bilan de leur intoxication, on avait découvert des tumeurs de la sphère ORL chez certains de nos patients, que cette prise de conscience s’est affirmée.
Mon meilleur ami, médecin à ses heures, me dit souvent que l’hyper spécialisation est un grave travers de la médecine moderne : je partage ce point de vue !
L’évolution du discours ambiant, les campagnes d’information de la MILDT, et une formation en toxicomanie ont eu, c’est évident, leurs rôles à jouer !
En fait, n’étant plus dans le déni de ma propre consommation, j’ai pu transmettre de manière plus efficiente, un message éducatif sur le produit tabac ! Je trouve d’ailleurs que le tabac, psychotrope le plus toxicomanogène et le plus pathogène pour l’organisme, rappelons-le, est l’illustratrion même des discordances concernant l’addictologie. Même les soignants convaincus comme moi qu’il est nécessaire de rapprocher nos compétences (en termes de prévention et d’accueil en tout cas), se heurtent quand il est question du tabac.
Et devinez quoi ? Les fumeurs pensent que l’on ne peut arrêter tout en même temps (alcooltabac), ou qu’il est difficile de parler tabac au patient toxicomane, les non -fumeurs pensent le contraire !
Mon expérience ces dernières années m’a fait toucher du doigt que se sont nos représentations d’intervenants qui sont fortement en cause : si nous ne sommes pas, nous-mêmes, convaincus que ce n’est pas possible, le message ne passe pas ou mal ! Je l’ai constaté et mes collègues avec moi. Depuis que notre discours et nos convictions ont changé et que nous donnons aux patients une information sur les divers psychotropes qu’ils consomment, plusieurs ont demandé une aide au sevrage (le plus souvent pour le « tandem » alcool-tabac).
Depuis Janvier 2001, notre secteur de consultations ambulatoires offre également une aide au sevrage tabagique. Nous avons affiché dans le couloir, près de l’accueil, dès informations sur les divers produits addictifs.
Ce sont les patients qui m’ont apporté le plus : aucune personne en démarche de soins pour le tabac n’a été choquée d’attendre côte à côte avec une personne en difficulté avec l’alcool…
Le fait d’offrir de l’information a autorisé plusieurs patients à poser des questions sur d’autres produits que celui qui leur posait le plus problème, y compris parfois sur la toxicomanie ou la consommation de leur entourage !
Montrons-nous aussi bienveillants que les personnes que nous souhaitons accompagner ; nous n’avons pas le droit de ne pas informer le public des dangers qu’il encourt à associer et abuser de tous ces produits ; faisons confiance au bon sens et à « l’instinct de survie » que nous avons tous peu ou prou.
Pour terminer, je suis très heureuse que l’on me permette de m’exprimer ici, car après avoir assisté à plusieurs journées, congrès ou conférences sur l’évolution de nos pratiques vers l’addictologie, j’avais noté un certain décalage entre le discours, médical le plus souvent, en tribune et les opinions de la salle où plusieurs de mes consœurs et autres intervenants non-médecins partageaient mon constat.
J’espère que cette analyse reflète leur avis, un peu trop discret à mon goût, et que vous serez nombreux à réagir à ce témoignage.
Brigitte VILLE
b.ville@free.fr
Unité d’Addictologie de Liaison Centre Hospitalier d’Alès
811, avenue Dr Goubert
30103 ALES cedex
04 66 78 34 34
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