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Fêtes et Alcools partie 1

mardi 3 septembre 2002.

En préalable, il faut rappeler que l’abord clinique d’une personne souffrant d’un problème d’alcool (buveur à problème ou addiction alcoolique) doit toujours comporter un questionnement sur son histoire et l’historique de son alcoolisation.

Cette étape est aussi importante que l’abord psychopathologique, l’examen somatique ou le bilan biologique.

Pourquoi ce préalable ? parce que la pathologie induite par la consommation d’alcool est un phénomène avec des incidences biologiques importantes, qui joue toujours un rôle majeur dans la psychologie et le cours de la vie des gens, de plus, c’est ce qui en fait sa difficulté d’abord, cette pathologie est arrimée solidement au terrain socio-culturel. C’est un phénomène complexe, bio-psycho-social, et non un épiphénomène psychiatrique ou toxicologiqueS

 Nous savons bien que l’apparente « mauvaise foi » des alcooliques (le chapelet des dénégations) prend racines dans l’impossibilité « de se juger, de se jauger » (P.Fouquet) de lire en soi. En explorant l’histoire de son alcoolisation, on présente à la personne en souffrance d’alcool un miroir déculpabilisant. C’est alors qu’elle peut s’interroger : « Comment me suis-je engagé (e) dans une voie devenue impasse en m’alcoolisant » comme tout le monde « quand tout le monde s’alcoolise ? À une période donnée de sa vie, un sujet a obéi très » normalement " (au sens de conduite majoritaire) aux injonctions du groupe social auquel il appartient. À la sortie de l’adolescence, s’alcooliser procède à la fois du rite d’appartenance et du rite de passage.

Un peu partout dans l’hexagone, les alcoolisations rituelles s’inscrivent dans les fêtes auxquelles participent les sujets sociaux jeunes. En bref, la question : « Alors ? les fêtes dont vous étiez ? comment ça se passait ? » doit faire partie de l’examen clinique.

 Que représente le phénomène « fête » ?

"D’abord, la fête est le ciment d’une société.SEnsuite, il y a dans la fête une pédagogie permanente constituée par un rappel du passé des membres du groupe et de ses racines et par une actualisation (aujourd’hui et maintenant) dans le domaine relationnelS On renoue des liens. On en ressort conforté, pas simplement par l’aspect affectif, mais parce que cela répond à un besoin très profond chez les humains, la fête est un élément qui stimule l’espérance. C’est rejoindre le thème de la Vie. La fête est une sorte de tragédie au sens fort du mot ; une tragédie qui permet à chaque membre de la communauté de renouer avec son identité. Nous avons tous expérimenté que les moments de fête donnent lieu à une sorte de gestion collective de l’ivresseS car la fête ne génère pas l’exclusion. " (Robert Chapuis)

 La fête primitive :

La fête n’existe pas en tant que modèle unique. Il n’y a pas deux fêtes semblables, même les fêtes dites traditionnelles ne se reproduisent pas à l’identique d’une année sur l’autreS Il y a une essence de la fête, référence à une fête primitive, fête des origines dont nous retrouvons les restes, voire le spectre dans la fête moderne. C’est à cette fête-là à laquelle Freud se référait dans Totem et tabou (repris par Caillois) quand il définissait ainsi la fête :« Une fête est un excès permis voire ordonné, une violation solennelle des prohibitions »

La fête des origines se rattache au sacré de transgression qui exalte la sacralité des normes de la vie sociale courante par leur violation rituelle. C’est un besoin humain de paradoxalement rompre le quotidien pour en assurer la continuité.

D’ailleurs on peut remarquer que le temps de cette rupture festive survient de préférence quand il y a rupture saisonnière : quand le temps bascule, quand les jours vont raccourcir (St Jean) ou grandir (Noël). On célèbre ainsi à travers le rythme des saisons un temps circulaire primitif dont on peut résumer la nature par l’aphorisme : « Ce qui a été, sera à nouveau ». La fête célèbre la nouvelle chance donnée aux hommes de recommencer le temps.

 Quelle est la nature profonde de la fête ? : elle est d’abord un festin. Avec une consommation des biens sans calcul d’épargne : on mange et l’on boit dans l’excès exceptionnel, sans compter, sans contrainte. Au départ , le premier invité au festin était la divinité (y compris le Dieu judéo-islamo-chrétien, unique et sans nom) à qui le sacrifice est offert car le sang de la victime est sacré, doué de vertus de réconciliation. C’est un symbole d’alliance. La fête fut d’emblée une réparation et une réconciliation avec le divin. Très tôt dans l’Histoire, le sang fut remplacé par des alcools et en particulier par du vin. Grâce à ce pouvoir de substitution du sang, vin et alcools jouèrent un rôle primordial qui perdure alors qu’on a perdu le sens des origines.

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© Docteur Lionel BÉNICHOU Août 2001

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