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Du plaisir au médicament, du médicament à la dépendance Partie 3

Patrick Fouilland Le Monde Diplomatique juin 2000
lundi 4 février 2002.

Si notre consommation devient automatique, répétitive, interrogeons-nous. Les habitants de Brest, par exemple, se voient chaque année proposer, à l’initiative de plusieurs associations et avec l’appui de la municipalité, un « défi brestois ». Pendant trois jours, une campagne incite à faire une pause dans sa consommation d’alcool. Il est pour l’heure difficile de dire si cette initiative a eu des effets positifs mesurables à l’échelle de toute la ville, mais, au moins, on en parle.

Si l’alcool est utilisé comme un médicament, et surtout s’il se révèle efficace, méfiance ! Parce qu’il peut être dans certaines circonstances un médicament prodigieux (sur le trac, la petite déprime, la fatigue, l’ennui…), le risque d’un recours habituel est majeur. S’il « rend service », l’alcool fait courir un risque de dépendance beaucoup plus lourd que s’il se contente de « faire plaisir ».

Tous les acteurs sont concernés

POUR prévenir les dommages de l’usage abusif de ce produit psychotrope, il est possible d’agir avec efficacité sur plusieurs fronts : la politique de santé, l’action publique, l’éducation et l’action citoyenne. En ce qui concerne le premier point, un espoir a surgi. Un rapport a enfin jeté les bases d’une politique de santé (prévention et soins) à l’égard de l’alcool (6). Tous les acteurs sont concernés, à chacun des échelons territoriaux (de l’Etat à la commune), à chacun des niveaux institutionnels (du ministère à l’hôpital local), de l’entreprise à l’association. Encore faudrait-il que les moyens, notamment budgétaires, soient mis en place. Là, rien n’est acquis.

Il conviendrait par ailleurs que les pouvoirs publics et les institutions s’engagent aux côtés des professionnels du terrain. Acteurs de santé, travailleurs sociaux, médiateurs, agents des services publics, sont en effet quotidiennement confrontés aux conduites d’alcoolisation et à leurs conséquences. Ils se sentent totalement impuissants quand l’alcool vient réduire à néant leur action.

La vente des produits alcooliques et la publicité devraient être contrôlées, notamment en ce qui concerne les mineurs. Des lois existent, mais, on le sait, elles ne sont pas respectées : l’alcool est toujours vendu aux adolescents, il y a toujours quelque part une station-service où l’on peut en acheter au beau milieu de la nuit.

En termes d’éducation, des solutions sont également possibles. La question de la consommation d’alcool étant l’affaire de tous, elle l’est plus encore pour ceux qui éduquent, instruisent, forment. Chaque professeur d’école, de collège ou de lycée devrait pouvoir en parler ; toutes les matières enseignées, ou presque, en donnent l’occasion. Il y a moins de risque à parler de ce sujet qu’à ne pas en parler. Il serait fondamental d’introduire cette question à l’école comme une question civique, et de cesser de considérer qu’il s’agit d’une affaire de spécialistes.

Chaque institution - entreprise, hôpital, association, etc. - confrontée à des problèmes d’alcool peut construire ses propres réponses pour réduire les risques et aider les personnes devenues dépendantes. Ces réponses seront toujours complexes car elles touchent à la culture propre de chaque institution. Elles nécessiteront beaucoup de détermination et un véritable engagement des dirigeants, à tous les niveaux hiérarchiques, mais elles existent.

Notes :
(1) Bernard Roques, La Dangerosité des drogues, rapport au secrétariat d’Etat à la santé, Editions Odile Jacob/La Documentation française, Paris, 1999.
(2) Ces dépenses regroupent des pertes monétaires privées et publiques : perte de revenus, frais médicaux non remboursables, dommage à des tiers, absentéisme, dépenses de sécurité sociale, perte d’impôts et de cotisations sociales, etc.
(3) Reste que toute consommation régulière d’alcool est importante. Un individu qui boit chaque jour deux verres de vin midi et soir (moyenne encore souvent considérée comme modérée) ne réalise pas qu’en fin de compte sa consommation annuelle reviendra à 23 litres d’alcool pur…
(4) Etude de Marie Choquet, « Adolescents, enquête nationale », Inserm, Paris, 1994.
(5) C’est le cas de la loi Evin qui, en 1989, a tenté de réglementer la publicité sur l’alcool et le tabac. Objectif à peu près atteint en ce qui concerne le tabac. Pour l’alcool, en revanche, cette loi a été pratiquement vidée de sa substance, au fil des années, à force d’appels et de recours.
(6) Michel Reynaud et Philippe-Jean Parquet, Les Personnes en difficulté avec l’alcool, Editions Comité français d’éducation pour la santé (CFES), Paris, 1999.

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