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Documentation F3A
Alcool, Alcoologie, Alcoolisme
Du plaisir au médicament, du médicament à la dépendance Partie 2
Du plaisir au médicament, du médicament à la dépendance Partie 2
Les Français ont choisi d’utiliser couramment un produit à la fois gastronomique, psychotrope et toxique. Pourquoi pas ? Parmi ses bienfaits, tout le monde admet ses aspects gastronomiques et conviviaux. Mais on néglige trop souvent d’insister sur deux effets recherchés et bien souvent obtenus : l’effet psychotrope et l’ivresse, avec leurs deux volets positif et négatif puissamment entre mêlés.
Car l’alcool est un psychotrope. Il agit sur le système nerveux central et ce dès les premières gouttes. Il peut être, selon les personnes et selon les circonstances, anxiolytique, calmant, hypnogène, antidépresseur, désinhibiteur, psychostimulant, euphorisant, etc. L’usager de l’alcool-médicament en connaît très exactement les indications et la posologie adaptées. Il est capable de régler précisément sa consommation, en fonction d’objectifs souvent inconscients. L’efficacité psychotrope de l’alcool peut être longue avant que les inconvénients n’apparaissent. Si l’on n’admet pas ces faits, on ne peut imaginer se retrouver un jour pris au piège d’une dépendance qui se sera constituée à bas bruit.
L’ivresse est une aventure aussi vieille que l’humanité. Peut-être même est-elle indispensable à l’homme, à sa croissance, à sa survie. Il y a mille et un moyens d’y parvenir, mais l’alcool est probablement le plus efficace, le plus sûr, en tout cas le mieux toléré, tant physiologiquement que socialement. Mais les contrôles sociaux existant autrefois dans les sociétés qui ritualisaient - et rythmaient - les ivresses ont disparu. Celles-ci, comme rites d’initiation et de passage, comme expériences d’ordre mystique, ont cédé le pas à des conduites d’anéantissement, de dislocation physique et mentale de l’individu. Devant la complexité d’un tel produit, notre propre ambivalence est démasquée, et peut-être, dans le fond, est-ce cela que nous ne supportons pas. Côté Docteur Jekyll, le produit gastronomique, convivial, culturel, à l’aspect délibérément idéalisé, édulcoré. Côté Mister Hyde, la personnalité changée, les comportements antisociaux, l’homme ravalé au rang de la bête, bref, la caricature. Entre ces deux extrêmes, il n’y a aucune représentation. Pourtant nous connaissons tous, entre l’usage simple et l’usage nocif, des situations où l’alcool constitue un problème, sans qu’il s’agisse pour autant de maladie.
Boire ou ne pas boire, là n’est donc pas la question. Consommer de l’alcool, c’est faire sciemment usage d’un produit dangereux, d’un produit potentiellement stupéfiant. Ce n’est donc pas, et ne sera jamais, anodin. Les vraies questions devraient être les suivantes : qu’est-ce qu’on fait (au sens propre du terme) quand on prend de l’alcool ? Que dire à ceux dont on est plus ou moins responsable - enfants, entourage familial, collègues, amis - quant aux risques encourus ? Quelles réponses suis-je en mesure, personnellement, d’apporter ? Il faudrait oser parler de l’ambivalence de ce produit, faire en sorte que le sujet ne soit plus tabou. On peut imaginer quelques propositions simples d’attitudes, celle-ci par exemple : si l’alcool est une drogue dure, alors ne soyons pas dealers. N’insistons pas, n’encourageons jamais à boire quelqu’un qui n’en a pas envie. On devrait toujours avoir, à côté de boissons alcooliques, quelque chose d’autre à offrir.
Si notre consommation devient automatique, répétitive, interrogeons-nous. Les habitants de Brest, par exemple, se voient chaque année proposer, à l’initiative de plusieurs associations et avec l’appui de la municipalité, un « défi brestois ». Pendant trois jours, une campagne incite à faire une pause dans sa consommation d’alcool. Il est pour l’heure difficile de dire si cette initiative a eu des effets positifs mesurables à l’échelle de toute la ville, mais, au moins, on en parle.
Si l’alcool est utilisé comme un médicament, et surtout s’il se révèle efficace, méfiance ! Parce qu’il peut être dans certaines circonstances un médicament prodigieux (sur le trac, la petite déprime, la fatigue, l’ennui…), le risque d’un recours habituel est majeur. S’il « rend service », l’alcool fait courir un risque de dépendance beaucoup plus lourd que s’il se contente de « faire plaisir ».
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