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Compte rendu de la JT « Psychologue dans une équipe d’addictologie » mars 2005
Article de la base documentaire de la F3A
Compte rendu de la JT « Psychologue dans une équipe d’addictologie » mars 2005
lundi 3 octobre 2005.
F3A - JOURNEE THEMATIQUE DU 25 MARS 2005
« Psychologue dans une équipe d’addictologie :
Quel rôle se donne-t-il ?
Quelle place lui fait-on ? »
Le vendredi 25 mars dernier, a eu lieu au siège de la F3A une journée sur le thème : « psychologue en équipe d’addictologie : Quel rôle se donne-t-il ? Quelle place lui fait-on ? ».
Cette journée avait pour objectif premier de faire suite aux journées de Nîmes 2004 - Métiers de l’addictologie - où les participants s’étaient réunis en ateliers par profession pour discuter des RPC (recommandations pour la pratique clinique édités par l’ANAES). A cette occasion, une parole forte avait émergé du groupe des psychologues, soulignant leur sentiment commun d’avoir un rôle mal connu, une place problématique, dans des institutions où l’approche médicale resterait prépondérante, et la concertation entre professionnels insuffisante. Il était question dans la synthèse de leur atelier d’une « impression d’interchangeabilité des fonctions et d’éparpillement des compétences[…], le recours au psychologue n’intervenant alors qu’en cas de problème grave rencontré en ce domaine par d’autres praticiens » et du « danger […] d’une simplification ou d’une édulcoration abusives des pratiques en fonction d’une recherche de normativité, d’une pression à l’efficacité, au rendement, à l’immédiateté superficielle du résultat » « tout en nous reniant notre spécificité ».
Lors de la restitution des ateliers, la forme revendicative et opposante qu’avait pris celui des psychologues avait laissé les autres professionnels dubitatifs et perplexes.
C’est pourquoi au sein de la F3A, il nous (psychologues et non psychologues) a semblé utile, voire nécessaire, de créer un espace, une journée pour pouvoir discuter à nouveau de ce qu’est un psychologue en alcoologie/addictologie, comment il se perçoit et comment il est perçu ou comment il se sent perçu.
Le but étant de permettre un dialogue entre les différents professionnels. Mais également la réflexion sur le travail du psychologue en alcoologie/addictologie. Pourquoi il semble émettre des plaintes quant à un sentiment de non reconnaissance, y réfléchir et tenter de construire pour se permettre et se sentir partie prenante dans l’avenir de notre place, de notre pratique et de notre mieux-être professionnel s’il y a lieu.
Vaste programme donc pour une journée, avec de plus, en toile de fond, le projet de susciter un élan fondateur pour constituer par la suite une commission des psychologues au sein de la F3A, chargée de continuer la réflexion et d’élaborer des propositions.
A partir de ces bases, nous nous sommes donc retrouvés ce vendredi 25, à 18 dans le local de la Fédération. Le café et les viennoiseries de Catherine Delille ayant fini de nous mettre à l’aise, nous avons commencé par de longues et détaillées présentations de chacun des participants, qui nous ont amenées tout naturellement à des digressions régulières et fréquentes sur les raisons nous ayant conduit à nous réunir, sur nos attentes, nos expériences et points de vue respectifs.
A notre grand regret, aucun des psychologues présents aux journées de Nîmes (et pourtant ils y étaient nombreux) n’était parmi nous pour nous faire participer de comment s’était déroulé leur atelier.
Et encore un regret, mais plus prévisible celui-ci, nous étions en quasi totalité des psychologues, dont deux en cours de formation. Seul un médecin courageux, motivé par la psychologue de son équipe, était présent pour nous éclairer sur la position et le point de vue d’un professionnel non psychologue, et de surcroît médecin, travaillant en équipe d’alcoologie/addictologie.
Médecin « courageux » car elle a, dès le départ, précisé être venue malgré la peur d’être prise à parti par les psychologues. Il semble qu’aucun de nous ne soit venu dans ce but, mais cela nous a permis de travailler sur l’image que renvoient les psychologues en équipe peut-être et en intervention publique souvent.
Quant aux psychologues présents, il s’agissait en grande majorité de femmes (seuls deux hommes dont un des intervenants de la journée), de formation récente (- de 10 ans) pour la plupart, et travaillant prioritairement dans le champ de l’alcoologie de consultation mais aussi en service hospitalier et équipe de liaison en addictologie.
Les présentations matinales passées, nous avons travaillé l’après-midi à relire ensemble le texte de synthèse de l’atelier des psychologues des journées de Nîmes, en disséquant chaque point, chaque paragraphe, jusque finalement être obligés de terminer la lecture d’une traite, nous étant montré particulièrement bavards et inspirés sur tous les thèmes rencontrés.
*
La présentation de chacun a permis de brasser très largement une grande variété de fonctionnements et de mettre à jour de très nombreuses questions, réflexions, inquiétudes et souffrances parfois. Chaque participant est venu avec son lot de doute et de curiosité, au milieu de motivations très diverses.
Tous ces éléments ensemble dressent un panorama très riche de ce que la simple question du rôle du psychologue peut évoquer. Nous n’avons pas décidé ce jour de résoudre ou proposer une réponse aux interrogations. Simplement dans un premier temps peut-être, tenter de lister « en touffe sans les mettre en bouquet » ce qui nous agit dans nos métiers, nous gène parfois ou nous paraît encore en friche. Ceci, que ce soit sur les fonctionnements de nos structures, la vie de notre corporation de psychologue, les spécificités de ce métier, ou bien plus simplement comme simple témoignage d’un quotidien parfois surprenant quand il s’agit de parler de son rôle et de la place que l’on a.
En guise de synthèse nous vous proposons un florilège un peu ordonné des points abordés ce jour, autant d’espaces de réflexion que la futur commission des psychologue va devoir investir par la suite.
Concernant le fonctionnement des structures d’addictologie :
Qui fait quoi ? :
Certaines structures mettent en avant le terme de consultant ou d’alcoologue indifféremment pour un médecin ou un psychologue. Le titre de psychologue s’efface ici devant la référence au produit.
Il existe des consultations alcoologiques à deux (AS / Psy ; psychologue / psychiatre) sans qu’apparaisse de spécificité.
Le constat de la centralisation des soins autour des médecins avec le corollaire : la paramédicalisation des psychologues, inquiète.
Le travail d’équipe :
Certaines réunions de synthèse ou d’équipe ne comportent pas de travail clinique proprement dit, de réflexion sur les cas, les patients… « où est-ce qu’on peut penser ? »
La question de l’existence de réunion de synthèse ou non.
La question de la supervision d’équipe…
Il semble qu’il y ait plus de souffrance dans les services hospitaliers que dans des structures plus légères, ceci quelles que soient les fonctions.
L’échange des pratiques nécessite un cadre et permet d’éviter le morcellement.
Du dysfonctionnement :
Le questionnement sur la place du psychologue serait-il l’émanation de la douleur du travail en équipe, quelle que soit la fonction ?
Existence de flou, de manque de coordination. Les structures présentent les symptômes des maladies qu’elles traitent…
Alcoolisme / alcoologie : même combat. Fonctionnement en flou, en mélange…
La question des enjeux de pouvoir est à aborder. Derrière une structure en souffrance, il y a un conflit de pouvoir larvé.
La place, explicite ou implicite :
Certains n’ont pas physiquement de place ! De bureau proprement dit. Ceci renvoie à la nécessité de poser le cadre de son travail, qui commence par la nécessité d’avoir un bureau, un espace.
Pour questionner la place, il faut interroger les responsabilités et les compétences requises pour le poste. Intérêt d’un profil de poste pour une activité !
On voit des embauches de psychologue pour faire valoir une image « psy », comme un plus produit marketing valorisant auprès du grand public mais non-effectif dans l’organisation des soins.
Il faut toujours se poser la question de pourquoi l’on a été embauché quand on est un ou une jeune psychologue…
Concernant les psychologues, la corporation :
La loi :
L’intervention des politiques (réglementation des titres et des fonctions) dans une tentative de légiférer et donc de normaliser inquiète.
Les interrogations concernant la tarification à l’acte pour un psychologue pose de nombreuses questions.
Polémique sur le temps FIR. Souvent mise en avant. Elle apparaît comme un acquis ou bien comme un abus par rapport à d’autres fonctions (ex : psychiatre).
Les « savants » :
La constatation de l’écrasante majorité de médecins à la SFA
Les psychologues entre eux :
Existe-t-il une corporation ? est-elle morcelée ? segmentée autour de chapelles théoriques ?
Peut-être existe-t-il un seul point commun entre les psychologues (titre) et beaucoup de différences…
Le salaire horaire est celui qui comporte la plus grande amplitude selon que l’on est libéral, ou conventionné (51 / 66 / FPH…).
Concernant les spécificités du psychologue :
Confusion langagière relevée : le mot psychologue renvoie à un titre, un poste et une grille de salaire et non à une fonction ! Ceci amène la question de la spécificité des psychologues…
Différences médecin / psychologue :
Il existe une différence du regard et des objectifs entre un médecin et un psychologue
Attention, il y a une différence entre psychologue et psychothérapeute. Autant qu’entre médecin et somaticien. Ceci encore plus en addiction qu’ailleurs. Ces places, ces fonctions y sont moins bien définies.
Réflexion sur le fait qu’en général les médecins méconnaissent le cadre (cf. les psychologues) et que les psychologues sont trop rigides sur ce cadre (cf. les médecins). Une spécificité des psychologues serait-elle alors d’être des promoteurs de cadre ? Afin de protéger à la fois les patients et les soignants.
Dans le système de santé :
Une spécificité remonte : la difficulté à trouver du travail.
Au niveau des représentations, on n’est pas psychologue quand on a un DESS mais quand on a : une formation complémentaire / effectué un travail sur soi / des compétences et une pratique… Ceci renvoie à la confusion entre la fonction et le titre. Entre psychothérapeute et psychologue
En équipe :
Il existe des cadres dysfonctionnant issus d’un consensus d’équipe. Le bon cadre n’est pas forcément le cadre démocratiquement décidé. Il en résulte que le psychologue se doit d’être le promoteur d’un discours sur le cadre.
Il y a sollicitation des psychologues en dernier recours, en cas d’épuisement des autres réponses… « quand il y a un problème ! »
Concernant le texte issu des journées de Nîmes, on retrouve entre autres réflexions, diverses impressions :
L’expression de crainte justifiée devant l’évolution du système de santé
Une virulence alambiquée, parfois inopportune
Un manque de pédagogie
Le sentiment d’une profession devant encore se battre pour s’affirmer, elle et son éthique.
L’impression également d’une profession à la recherche de son identité
Quelques phrases, quelques témoignages :
« L’identité de psychologue dans une structure est fortement malmenée, impression d’interchangeabilité. Chacun travaillant seul, isolé, sans rendre de compte à qui que ce soit. »
« J’essaie de travailler le moins mal possible »
« Je sais ce que je fais au niveau personnel mais pas au niveau institutionnel »
« Je suis présente pour dépenser le budget de la DDASS »
« On embauche des psychologues prétextes, pour dire on fait de la psychologie. Il existe une fonction « marketing » à l’embauche. »
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Pour résumer donc, une journée bien remplie, pleine d’échanges, de partage d’idées et ressentis, comme savent si bien l’être les journées thématiques de la F3A.
Nous avons pu constater à quel point il y a beaucoup à discuter sur ce qu’est, ou pourrait être, un psychologue en équipe d’addictologie.
Un foisonnement de points abordés, peu de réponses ; plutôt des ébauches, une introduction amenant la nécessité de continuer la réflexion avec le projet, soutenu par tous les participants, de constitution de la commission des psychologues, comme il en existe à présent une pour les travailleurs sociaux.
Nous retiendrons donc entre autre de cette journée, l’envie partagée de la continuer et peut-être un point fondamental et essentiel, permettant plus d’ouvrir le débat que de le clore : l’importance de ne pas confondre le titre et la fonction de psychologue, le titre et les compétences en psychologie.
Finalement psychologue est un titre, à nous de construire notre place, notre cadre, notre rôle ; en concertation d’équipe si possible, et en fonction des compétences de chacun. Sachant que l’approche psychologique n’est pas notre exclusivité mais que nous sommes formés pour être expert de son maniement, de son étude.
Kaïté Couëdel, Psychologue en équipe de liaison
Cyril Cosar, Psychologue en CCAA
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