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Article de la base documentaire de la F3A

Compte Rendu de la Journée thématique F3A « La mort brutale et inattendue d’un patient : son impact sur nous, professionnels et équipes » (Journée préparée animée et synthétisée par la Commission des psychologues) 2006

mercredi 23 mai 2007.

Compte Rendu de la Journée thématique F3A

Vendredi 15 Décembre 2006

« La mort brutale et inattendue d’un patient :
son impact sur nous, professionnels et équipes »

Le 15 Décembre dernier a eu lieu au siège de la F3A une journée thématique sur la mort brutale et inattendue d’un patient, et les retentissements que celle-ci peut avoir à la fois sur les professionnels et l’équipe soignante.

A l’origine du choix de ce thème, le fait que tout soignant peut, dans sa vie professionnelle, être confronté à la mort brutale d’un patient et se retrouver en difficulté dans de tels moments qui touchent et fragilisent.

Plusieurs questions préliminaires nous semblaient importantes à aborder :

L’objectif de cette journée était donc d’ouvrir un espace d’échanges et de réflexions sur ce thème, afin de permettre aux différents professionnels de trouver des pistes pour vivre au mieux ces situations, de réfléchir à des outils pour savoir comment réagir face à la mort d’un patient, tant d’un point de vue individuel qu’institutionnel.

Afin de guider cette réflexion commune, nous avons convié le psychosociologue Alain Bercovitcz, coutumier de l’approche groupale et de la question de la mort, notamment de par son expérience dans la supervision d’équipe soignante en soins palliatifs.

La suite de ce compte-rendu, sous forme de fiche technique, reprend en les synthétisant les points abordés et connaissances transmises lors de cette journée thématique.

***

Etre confronté à la mort d’une personne est toujours déstabilisant et à même d’engendrer des réactions et des émotions plus ou moins fortes.
Le soignant, qui apprend la mort inattendue d’un patient, ne fait pas exception à cette règle, et ce, peut-être d’autant plus que sa mission initiale est celle d’un accompagnement du patient vers le mieux-être.

Le décès du patient, qu’il survienne du fait d’un suicide, d’un accident ou de l’aggravation brutale d’une maladie somatique, place le soignant en position d’impuissance, de frustration. Outre le malaise et l’incompréhension, il engendre chez lui une impression d’accompagnement inachevé, voire même raté, et ce, encore plus lorsque le patient meurt en son absence (dans le cas de patients hospitalisés par exemple).
La mort brutale peut donc amener le soignant à se remettre en cause personnellement, faisant émerger chez lui un sentiment de culpabilité ou d’échec : Aie-je failli dans ma fonction de soignant ? Pourquoi n’ai-je pas vu venir ce qui s’est produit ? Qu’aurais-je pu ou dû faire pour l’empêcher ?…

Le caractère brutal du décès vient fortement perturber l’appréhension de ce phénomène par le soignant, qui se voit privé du temps essentiel de préparation que constitue le pronostic.

Pouvoir anticiper le décès est donc important, au même titre que le fait de pouvoir donner du sens au décès qui survient.
En effet, faire le deuil d’un patient s’avère plus délicat lorsque nous ignorons la cause de ce décès. La méconnaissance des circonstances engendre le flou et le fantasme. Dès lors, pouvons-nous nous autoriser à faire la démarche pour les connaître ?

La question de l’après se pose, sous différents angles.
Dans l’après « immédiat » d’une part, l’accent est mis sur l’importance de la manière dont est annoncée la nouvelle.
Le devenir des dossiers des patients décédés est également interrogé : que fait-on des dossiers, représentants symboliques du défunt ? Derrière cette question, une autre, plus générale : que fait-on des morts ? Quelle est leur place ?

Au-delà de l’effet que peut avoir le décès du patient sur le soignant, nous nous demandons ce qu’il en est des liens entre le soignant et la famille du défunt : le professionnel peut-il s’autoriser à dire des éléments, des secrets, que le patient lui avait confié ? Est-il le dépositaire d’un lègue, sorte d’intermédiaire entre le Moi du patient et l’entourage ?
C’est dans ses propres valeurs et principes que l’on trouve la réponse, mais de quel droit ?
La question suscite la réflexion parmi les participants qui proposent une piste pour évaluer ce qui relève du dicible et de l’indicible : quel sera l’effet de l’information transmise sur la personne qui la reçoit ? Il s’agit en fait d’une question de loyauté, qu’il serait important de pouvoir discuter en équipe.
Une participante réagit à ce propos, évoquant justement le « silence de mort » qui peut régner dans l’équipe lorsqu’il est question du lien avec la famille du défunt.

Cette remarque vient pointer la difficulté que certains soignants peuvent rencontrer dès lors qu’il s’agit d’aborder en équipe le phénomène de la mort du patient. Comment penser la mort du patient en équipe ?
L’intervention de Virginie Casenaz, psychologue membre de la commission, et le partage de son expérience de psychologue en service de soins palliatifs, nous a fourni des pistes concrètes pour tenter de répondre à cette question.

Les patients accueillis dans le service où elle travaille sont très malades et la majorité décède très vite ; de fait, pour le soignant en poste, la mort est omniprésente.
Dans un tel contexte, la mort ne saurait être un sujet tabou puisque les soignants la côtoient presque au quotidien. Dès lors, l’aménagement du cadre institutionnel dans ce service pourrait constituer un modèle à penser pour d’autres institutions puisque plusieurs espaces de paroles sont mis à la disposition de l’équipe soignante :

Même si la mort renvoie à un vécu subjectif et que nous n’avons pas tous les mêmes besoins face à une même situation, il semble important de pouvoir mettre à disposition de chacun un espace commun d’échange et de réflexion.
L’institution a donc un rôle essentiel à tenir car c’est d’elle que dépend la possibilité d’ouvrir cet espace.
D’autre part, dans la gestion de l’après et des questionnements que peut susciter le décès d’un patient (assiste-t-on à l’enterrement ? envoie-t-on un courrier ?…), il semble important que le soignant puisse se référer au cadre établi par l’institution.

Si le cadre institutionnel peut constituer un outil essentiel pour permettre au soignant de composer au mieux avec la mort du patient, il apparaît également nécessaire de scinder ce qui relève du privé et ce qui relève du professionnel.
La distance entre ces deux domaines nous protège, afin que nous ne nous laissions pas envahir dans notre vie personnelle par des éprouvés rattachés à notre travail.
Si cette frontière est essentielle pour nous, elle semble l’être tout autant au regard des autres, qui attendent de nous, professionnels, que nous clivions ces deux domaines. Des participants relatent à ce propos l’exigence de certains soignants quant à la nécessaire absence d’émotions sur le lieu de travail.
Sans aller jusque là, comment trouver la bonne distance ?
Selon une des assistantes sociales présentes, les psychologues bénéficieraient peut-être d’une formation plus adaptée, qui leur fournirait des outils pour faire face à ces situations, outils qui feraient défaut aux autres professionnels.
Cette intervention fait réagir les psychologues présents, qui expliquent que s’ils ont effectivement des outils, leur mise en application n’est pas chose aisée, et dépend en fait de plusieurs facteurs. Le temps, l’expérience mais aussi le travail d’analyse personnelle participent à l’élaboration de cette distance. Il faut donc pouvoir composer avec soi-même, d’autant plus dans un métier où notre outil de travail principal est en lien très étroit avec notre personnalité. Dans ce cheminement, il est également essentiel de pouvoir penser et élaborer à plusieurs, dans le cadre d’une équipe, dans l’institution ou en dehors, comme dans le cadre d’un groupe de supervision.
Ce dernier élément nous permet alors de rebondir sur le sujet de la prochaine journée thématique de la commission des psychologues, à savoir la supervision d’équipe, qui aura lieu en Décembre 2007.


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En résumé, une journée thématique riche en partage d’idées et d’expériences.
Les participants ont manifesté beaucoup d’intérêt pour le thème abordé et ont, par leur apports personnels respectifs, contribué à alimenter une réflexion commune, qu’il a d’ailleurs été difficile de clore !
Un espace d’échange sur un thème qui est à même d’engendrer des réactions d’évitement au sein de certaines équipes soignantes a donc pu être ouvert durant cette journée, qui fût également l’occasion pour les professionnels présents de réfléchir ensemble à des pistes afin de travailler au mieux ces situations fragilisantes.
De cette journée, nous retiendrons, entre autre, que composer avec la mort inattendue d’un patient relève d’une élaboration individuelle mais aussi collective. Individuelle, car la mort de l’autre se gère avec ses propres outils psychiques, et collective, dans le cadre de l’équipe soignante car il est important pour le soignant de sentir qu’il n’est pas seul.
Enfin, et c’est là un point essentiel abordé, le positionnement de l’institution par rapport à la question de la mort du patient est primordial : l’institution doit offrir un cadre suffisamment ouvert pour permettre un espace d’échanges entre les professionnels, mais aussi contenant, pour permettre au soignant de composer avec ce qu’il est en train de vivre.

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