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Biologie alcool : neurophysiologie

Dr Jacques Viala-Artigues et Christian Mechetti
lundi 10 novembre 2003.

Pour comprendre l’attrait qu’a l’homme pour un produit tel que l’alcool, il faut approcher le fonctionnement neurophysiologique et l’importance du système physiologique de récompense.

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A propos d’alcool, il est indispensable d’aborder des connaissances générales de neurophysiologie et notamment ce qui constitue la réponse physiologique de nos émotions.

Principes généraux : l’unité de base du système est la cellule nerveuse ou neurone composé d’un corps cellulaire (soma), de dendrites qui reçoivent l’information soit de cellules réceptrices soit d’autres neurones, et d’un axone, long prolongement qui transmet l’information vers d’autres cellules notamment nerveuses ou musculaires etc… par le biais de l’influx nerveux.(phénomène électrique)
L’influx nerveux se propage de neurone en neurone par l’intermédiaire des synapses (point de contact entre deux neurones). La synapse est le siège de processus de transmission chimique (neuromédiateurs ou neurotransmetteurs), transmission déclenchée par un processus électrique de variation de polarisation à l’arrivée de l’influx. De cette façon, un neurone peut rentrer en contact avec des milliers d’autres neurones dans le système nerveux.
Les neuromédiateurs sont fabriqués à partir de précurseurs dans la cellule nerveuse et stockés dans des vésicules synaptiques qui, suivant l’information arrivée seront libérées dans l’espace inter synaptique ou fente synaptique.
Les neuromédiateurs sont multiples leur effet étant « excitateur » ou « inhibiteur » d’un système donné.
Un neuromédiateur ne peut fonctionner que s’il est reconnu par un site récepteur, c’est à partir de cette reconnaissance qu’il déclenche toute une chaîne de processus. Après son action, il va soit :
• s’échapper par diffusion
• être absorbé par une cellule neutre (épongé)
• être recapturé par le neurone d’où il vient. Ce dernier point est important car il va permettre l’action de certains médicaments intervenant dans l’inhibition de cette recapture.
La liste des neuromédiateurs se complète continuellement. Ceux qui dans l’état actuel seront les plus sollicités dans le cadre de l’alcoologie sont :

 Acétylcholine Le 1er découvert. Sa libération ou cholinergie est un processus très étendu réglant la transmission synaptique du système parasympatique (viscéral) notamment.

 Noradrénaline Neuromédiateur des nerfs sympathiques commandant les réactions d’urgence

 Dopamine Rôle important dans le système de récompense et de dépendance. Sa disparition se manifeste par la maladie de Parkinson.

 Sérotonine |Réservée à un petit groupe de cellules. Les drogues psychédéliques telles que le LSD modifient son activité.

 Enképhalines Endorphines Groupe des morphines endogènes (produit par l’organisme. Elles agissent sur les récepteurs des opiacées intervenant sur les centre de la douleur et du système limbique régulant la vie émotionnelle

 GABA Gamma Amino Butyrique Acide |Prédominant dans le cerveau, il a une fonction inhibitrice. Son rôle est important dans la modulation du système dopaminergique.

 Acide glutamique |Probablement le principal neuromédiateur excitateur

Le système de récompense
En 1954 Olds et Milner pratiquent l’implantation d’une électrode dans le cerveau d’un rongeur. Selon la zone d’implantation, ils découvre que le rongeur s’auto-administre de faibles décharges de courant électrique sans que ce comportement ne soit lié à la présence de besoin physiologique apparent.
Parfois l’animal va préférer se stimuler et négliger de manger, de boire, même de dormir jusqu’à en mourir.
Cette magistrale expérience a permis d’émettre l’hypothèse d’un système de récompense cérébral.
L’inventaire des zones ainsi stimulables ayant ce type de réponse montre qu’elles appartiennent au système dopaminergique mésocorticolimbique (le neuromédiateur principal est la dopamine)
Des études pharmacologiques dans les années 80 ont montré que l’alcool possède des « effets récompense », toujours dans des conditions d’expérimentation animale.
Ces études sont effectuées avec des rats sélectionnés jusqu’à devenir « génétiquement appétents ». L’ensemble de ces travaux a permis de mieux appréhender le système de récompense et l’action des produits addictifs sur ce système.
L’alcool fait partie des produits addictifs agissant sur le système de récompense, tout comme les amphétamines et ses dérivés comme l’ecstasy, la cocaïne, les opiacés (morphine, héroïne), la nicotine, le pcp (poudre d’ange), le cannabis, les benzodiazépines, les barbituriques.
Ces expériences animales extrapolées à l’homme peuvent expliquer que l’alcoolodépendance est liée aux effets hédonistes du plaisir de l’alcool à travers ce renforcement positif que représente le système de récompense.

Que faudrait-il en retenir ?

a. L’unité de base du système est la cellule nerveuse ou neurone
b. Les neurones reçoivent et transmettent de l’information à l’aide de phénomènes électrique (influx nerveux) et chimiques (neuromédiateurs)
c. Le système de récompense est la clé de voûte de la dépendance.

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